« À l’eau ou au resto » : c’est sous la forme de cette alternative imbécile que les Leroux – fieffés jobards de père en fils – ont lancé le « défi Facebook » qui a entraîné un jeune homme dans les profondeurs de la Vilaine. Incité par un de ses nombreux aminches virtuels à relever le gant, il a précipité son vélo dans la rivière, et comme il avait pris soin auparavant de s’attacher à son vélo, la rivière l’a définitivement avalé. La vilaine.

Les Leroux n’y sont pour rien, les pauvres. Pour vous dire combien ils sont irréprochables, ces gens-là, leur concept « À l’eau ou au resto » (soit vous plongez dans l’eau froide, soit vous payez le restaurant) avait même pris une tournure caritative. Oui, les Leroux sont comme ça. Le 8 juin dernier, ils ont rassemblé des dizaines de personnes sur la plage de Calais, qui ont piqué une tête en offrant un euro à la Ligue contre le cancer. Cela n’aura pas empêché le jeune cycliste du Morbihan d’être mordu par un crabe.

« L’idée est venue de parents du Missouri, aux États-Unis, qui avaient organisé ce défi de se jeter dans l’eau froide pour récolter des fonds pour soigner leur bébé atteint d’un cancer », explique Maureen Leroux. « Ça s’est ensuite propagé vers la Suisse, la Belgique, la Grande-Bretagne et la France. » Elle ne précise pas que, dans tous ces pays, le “Cold Water Challenge” a déjà fait quelques dégâts collatéraux. Davis Colley, du Minnesota, n’est jamais remonté à la surface de l’Eagle Lake. Il avait seize ans. Ironiquement, son éternel sourire brille désormais sur un mémorial Facebook. Les Leroux, qui ont le cœur tellement grand, seraient bien capables de proposer un nouveau plongeon charitable et d’ouvrir une page en l’honneur du jeune Breton disparu.

Les Leroux sont gentils, et surtout ils ne se sentent pas responsables. Ils avaient prévenu. Ils avaient donné les consignes de sécurité. Tant pis pour les casse-cou. Dommage, mais il fallait savoir s’éclater sans mourir. Et puis, on ne va quand même pas gâcher la fête parce que, sur les quelque huit mille « fans » du défi qui mouille, un cascadeur du dimanche s’est pris pour Houdini.

En effet, un sur huit mille, c’est plus qu’honorable. Si toute la population française, prise d’un délire mimétique, se jetait à l’eau par défi, on ne totaliserait jamais que plusieurs milliers de victimes. À combien de jeunes gens de par le monde ces absurdes bravades ont-elles inspiré des folies mortelles ? Dix ? Vingt ? Trente ? Plus encore ? Qu’importe le chiffre exact, une seule question devrait harceler la famille Leroux : notre partie de rigolade valait-elle qu’on risque d’éteindre une seule flamme de jeunesse ?

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