Economie - Editoriaux - Le débat - Politique - Société - Table - 20 janvier 2017

Découvrir aujourd’hui les inégalités, quelle tartufferie !

Le thème des inégalités qui, aujourd’hui, revient comme un leitmotiv dans le débat politique et que l’on fait semblant de découvrir nous est souvent présenté comme s’il s’agissait d’une question économique complexe, voire insoluble. Foutaises ! Cette question est d’une extrême simplicité, à telle enseigne que même Charles de Gaulle, qui l’avait anticipée, lui avait trouvé la parade. C’était en 1969.
 
Aux débuts du capitalisme moderne, le chef d’entreprise était l’actionnaire majoritaire, voire unique, de son entreprise. En période de faible expansion ou de stagnation, il était parfois contraint de licencier mais non sans avoir commencé par ne plus se verser de dividendes. Avec l’apparition des grands trusts familiaux à la fin du XIXe siècle sont arrivés les technocrates, dont la mission était de trancher dans le vif sans faire de sentiment. En réaction sont nés les syndicats ouvriers et le législateur, pris entre deux feux, a dû, bon gré mal gré, inventer les minima sociaux. Ce rapport de force relativement équilibré a plutôt bien fonctionné jusqu’à l’irruption d’un intrus, au tout début des années 70 : le capitaliste financier, c’est-à-dire l’actionnaire étranger à l’entreprise. Tant qu’il fut minoritaire, son influence était limitée, mais à partir de la fin du XXe siècle, son rôle est devenu prépondérant.
 
Non seulement avec lui l’étape « ne plus se verser de dividendes » a quasiment sauté, mais c’est la vocation même de l’entreprise qui a changé : le versement du dividende est devenu plus important que l’existence même de l’entreprise. D’où l’essor de ce que l’on appelle l’ingénierie financière ou mécano financier, qui consiste à fusionner puis dépecer des entreprises pour faire des économies d’échelle. D’où, bien évidemment, la mondialisation qui, on ne le rappelle pas assez, a été voulue par le capitalisme financier dans le seul et unique but de faire baisser les coûts. L’appétit des investisseurs, qui désormais incluent les dirigeants gavés aux stock-options, est devenu tellement pervers que, les dividendes ne suffisant plus, les grandes entreprises cotées en Bourse, plutôt que d’utiliser leurs ressources à investir, ont entrepris de racheter leurs propres actions pour pousser les cours à la hausse.
 
“La lutte des classes ! Elle est partout, aux ateliers, aux champs, aux bureaux, dans la rue, au fond des yeux et dans les âmes. Elle empoisonne les rapports humains, affole les États, brise l’unité des nations, fomente les guerres […]. Depuis toujours, je cherche, un peu à tâtons, la façon pratique de déterminer le changement, non point du niveau de vie, mais bien de la condition de l’ouvrier.” C’est Charles de Gaulle qui s’exprimait ainsi en 1966. Malheureusement, sa solution, baptisée “la participation” [des salariés aux résultats et au capital de l’entreprise], et soutenue par les gaullistes de gauche, n’a jamais trouvé une époque propice. Une occasion perdue. Pire : une occasion qui ne se reproduira plus, sauf à renverser la table.

Car l’intrus dont il était question plus haut a fait beaucoup plus que prendre le contrôle de l’entreprise : il tient, aujourd’hui, l’État à sa merci puisque c’est à lui que le Trésor public emprunte pour payer les fonctionnaires. Et le pire, dans tout ça, c’est que ce sont les mêmes hommes politiques qui nous répètent à longueur de journée qu’il faut lutter contre les inégalités, qui affirmaient naguère qu’il fallait se féliciter que la dette française AAA soit l’une des plus prisées au monde. 

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