Quelles que soient leurs intensités respectives, les crises accouchent parfois de grandes figures – l’Histoire de n’en manque pas – ou, à défaut, nous en disent beaucoup sur la nature humaine. Celle que nous traversons n’a certes pas encore révélé de nouveau Napoléon ou de Jeanne d’Arc en devenir, mais demeure très éclairante sur la psychologie ambiante.

Il est tout aussi vrai que notre société de la frousse et de la judiciarisation – tout le monde a peur de « l’autre » et « l’autre » n’a de cesse de faire un procès à tout le monde – n’aide pas forcément à se « reconstruire », pour reprendre la vulgate médiatique officielle.

Cité par Madame Figaro du 25 mai 2020, Yves-Alexandre Thalmann, psychologue et auteur de l’essai Le non-jugement, affirme ainsi : « Pandémie ou pas, la plupart des gens ne font que juger. » Mieux : « Le jugement est plus virulent quand la personne s’interdit quelque chose que d’autres vont s’autoriser. »

Ce sentiment est d’autant plus douloureux à surmonter qu’à en croire la psychosociologue Dominique Picard, interrogée par le même hebdomadaire, « nous étions tous des héros du quotidien en restant chez nous ». Magnifique ! Réflexe pavlovien voulant que, chaque jour, il faille « faire un geste pour la planète » ou, pour devenir un héros des temps modernes, applaudir chaque soir sur son balcon, juste histoire de saluer un personnel hospitalier dont on n’avait que faire jusqu’à ces mois derniers.

Et Dominique Picard d’ajouter : « Même la communauté scientifique ne maîtrise pas le virus. Tous ses membres ne sont pas d’accord entre eux. C’est très déstabilisant, sans point d’appui, nous ne sommes plus dans l’univers du rationnel, mais dans celui des croyances, chacun se met à croire celui qu’il a envie de croire, c’est la voie royale vers l’autocentration. On se dit : “J’ai raison, car je le pense et que d’autres pensent comme moi. Je fais la morale parce que je n’ai pas d’argument.” »

Ce que dit Dominique Picard peut être aussi décliné sur l’actuel débat politique, ou ce qu’il en reste ; d’où le récent éditorial d’Élisabeth Lévy dans Causeur, citant le dernier agresseur d’Éric Zemmour en date : « Il est trop fort en débat, qu’est-ce que vous voulez faire à part l’insulter sa mère. Alors je l’insulte sa mère. »

Et voilà qui nous ramène à notre société parfaitement infantilisée. D’un côté, des enfants dociles et craintifs, qui frémissent dès que les gendarmes les somment de s’arrêter au bord de la route. De l’autre, des enfants mal élevés qui crachent et jurent, voire bien pire, à la première contrariété. Au-dessus, une sorte de Big Mother chargée de recueillir les doléances des uns et des autres. Et plus en dessous, des Français qui se regardent en chiens de faïence, tous prêts à se dénoncer l’un l’autre à la maîtresse, sous une cour de récréation quadrillée par des caméras de vidéosurveillance. La société de la trouille et de l’auto-flicage, en d’autres termes.

Contre cet état de fait, on attend encore un vaccin.

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