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Editoriaux - Politique - 5 avril 2020

Déconfinement ou relèvement

Édouard Philippe s’est lancé dans une bien hâtive esquisse des modalités de déconfinement.

Parler de celles-ci relève de la tactique, non de la stratégie. On ne peut que rester dans une totale imprécision des lieux, des gens, des âges, des métiers, des exceptions, etc. Stupide attitude visant à répondre aux questions tout aussi stupides de médias croyant se faire la voix d’un peuple jugé immature. « Et moi… Et moi… Et moi ? », leur seule question… Vraie rengaine ? Fallait-il parler de ces détails ? Je ne crois pas. Le déconfinement se doit d’être abordé selon les dommages qu’aura subis la France durant cette période dont la fin, progressive ou pas, est absolument indéterminée. Dommages à la santé, aux activités économiques si nombreuses, à l’éducation dans tous ses niveaux (primaire, secondaire et supérieur). Dommages innombrables et impossibles à estimer ce jour.

Aussi, plus que de mesures techniques – qui, quand, comment, où ? –, le gouvernement serait mieux vu de s’occuper de son organisation pour – le moment venu – estimer, compter, restaurer ce qui doit l’être, rattraper ce qui se peut, etc. Pour cela, peut-on croire que nulle adaptation de sa structure ne sera nécessaire ? N’y aura-t-il nul besoin de coordination spéciale ou d’actions à ressusciter telles que des tickets de rationnement comme en Italie ? Y réfléchir, tenter d’identifier les domaines qui auront souffert, les fonctions qu’il faudra adapter, les lois ou décrets qu’il faudra prendre. Tout cela rejoindrait une réflexion stratégique de l’urgence dont on ne voit pas l’ombre du début. En 1945, de Gaulle avait su instaurer un ministère de la Reconstruction, tant les dégâts aux bâtiments étaient nombreux. Cette fois, c’en est un du « Relèvement » qu’il nous faudrait. D’aucuns diront « Restauration »…

Quant à réfléchir à la réorganisation du pays souhaitée, elle, par les Français : services publics – dont la santé ! –, secteurs nationalisés ou sous contrôle de l’État, secteurs sous protection nécessaire au maintien d’une indépendance afin d’éviter le chaos – y compris en réservant certains emplois aux Français (cf. lois Salengro) et excluant les fichés S de la police ou des centrales nucléaires… Raccourcissement des circuits alimentaires et fin des 35 heures, etc. Eh bien ! il semble que, là aussi, ou même encore plus, on ne voit pas l’ombre du commencement des prémices…

Qui plus est, ce temps aura montré qui sont ses vrais amis et quelles sont les limites d’un commerce ouvert à tout vent. Repenser ses alliances et les nouer autrement que dans l’intention du seul échange des biens serait plus qu’utile. Les gouvernants doivent se souvenir que la vie des nations est faite de menaces et pas seulement de jouissances. Oui, il est temps que les puissants cessent enfin de prendre aujourd’hui et si mal, car dans l’urgence et l’effet de manche, des mesures pour soigner les maux du jour faute de les avoir prévus hier, mais se consacrent aussi à l’analyse des besoins et des maux qui adviendront demain.

Il est facile de faire applaudir ceux qui nous sont utiles en ce moment et qu’on méprisait hier ! « Ceux qui ne sont rien », « les illettrés » dont parlait Macron, eux à qui l’État demande de ne pas cesser leur travail sans pour autant leur donner moyen de l’accomplir en sûreté ! Il est plus impérieux de réfléchir à ce que l’on aurait dû faire et préparer le futur, loin du tumulte des médias.

« C’est notre projet ! » disait-il… En faire un autre !

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