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Coronavirus - Editoriaux - Réflexions - 11 mai 2020

Déconfinement : l’heure des comptes ?

Depuis le lundi 11 mai, le monde occidental ne tourne plus de la même manière : des pays riches aux abois face à la dissémination exponentielle du Covid-19. En France, le confinement acté le 17 mars a laissé des traces. Admettons que les hommes se sont accommodés quasi naturellement à cet enfermement, bien que le confinement français fût plus souple qu’en Chine, par exemple.

Pour autant, « une âme morte est une âme complètement habituée », dixit Charles Péguy. En effet, les gens des grandes villes ont tant eu à cœur de boire, de fumer, etc. André Suarès avait pressenti tout ce processus : « L’État est imbécile qui se permet de régler les mœurs ; et les hommes sont des lâches qui l’acceptent », dans Voyage du Condottière.

À ce stade, l’Hexagone enregistre près de 27.000 morts, un chiffre s’approchant des 30.000 décès générés ici par la grippe dite « de Hong Kong » dans un absolu silence médiatique, de 1968 à 1969. Notons que la grippe saisonnière peut provoquer 600.000 disparitions par an sur l’ensemble du globe. « Il faut que la vérité soit dite, le monde dût-il se briser en mille morceaux », avait osé dire Fichte.

En attendant, remettons-nous des applaudissements mis en scène par la Toile et la télévision pour rendre hommage aux soignants : cet art de la « résilience » rendant le citoyen « zombique », pour ne pas dire pathétique. Il fallait saluer l’impuissance des politiques, ces derniers devenus inconscients de tous les possibles. Car les citoyens des États libéraux et démocratiques n’ont fait que subir les atermoiements de technocrates tétanisés. Mais comment gouverner sans gouvernail ? Résonne ainsi ce que Guy Debord avait perçu : « Le baroque est l’art d’un monde qui a perdu son centre. » Ainsi, eu égard au « triangle d’impossibilité » que l’économiste Hubert Kempf a conçu pour le centre de réflexion Telos – le 2 mai, en décrivant trois priorités simultanément inconciliables que sont la santé, la prospérité et la liberté –, le politique authentique doit-il se contenter de « faire ce qu’il peut » ? En outre, le principe de précaution ne révèle-t-il pas plutôt une protestantisation des esprits ? De fait, ce genre de société ne se livre-t-il pas d’abord au pugilat médiatico-politique, à l’instar du peuple sud-coréen qui avait destitué sa présidente Park Geun-hye, en mars 2017 ?

Première conclusion : l’Europe, en dépit qu’elle ait créé la philosophie, s’est illustrée par une tragique vacuité, notamment à l’occasion de ses appels pompeux à la responsabilité, autrement dit à l’individualisme éhonté. Deuxième conclusion : par strict égalitarisme, des éléments clés de l’économie réelle ont été sacrifiés. Par exemple, des salles de cinéma et de spectacle, des rencontres sportives, voire même des cours de 4e jusqu’en terminale pouvaient s’adapter à la crise et fonctionner partiellement.

Pour l’heure, que retenir de ce supposé « nouveau monde », si ce n’est la célébration du télétravail et l’ub(é)risation des tâches ? Ou, aussi bien la mort du travail que celle de l’école. Comme si nos enfants pouvaient se féliciter de vivre dans une « nation apprenante »

Dernière conclusion : ce sont bien les collecteurs de data qui se sont davantage rendus indispensables, ceci confirmant une guerre cybernétique entre les États-Unis et la Chine. Enfin, comme le redoutait Foucault, y a-t-il encore une entité démocratique sur l’autel d’instances panoptiques, autrement dit qui peuvent tout surveiller ?

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