Deux déclarations religieuses viennent d’être rendues publiques et adressées à plus de 3 milliards de fidèles. L’une, datée du 27 janvier, a été signée par 300 personnalités du monde musulman à Marrakech. L’autre, quinze jours plus tard, à La Havane par le pape François et le patriarche Cyrille.

Toutes les deux parlent d’unité et de liberté religieuse. Sans doute pas avec la même autorité. À Marrakech, les conférenciers concluent leur long document en le résumant par cet appel : « Il n’est pas autorisé d’instrumentaliser la religion aux fins de priver les minorités religieuses de leurs droits dans les pays musulmans. » Un vœu pieux qui exigerait que le roi du Maroc n’oblige plus l’époux d’un musulman à se convertir s’il veut que son mariage soit valide. Ou que l’Arabie saoudite ne décapite plus les apostats et qu’elle autorise la présence d’églises et de prêtres sur son territoire.

Cette belle déclaration ne serait-elle alors que du bluff ? Une pratique de la taqiya, chère à la pratique rigoureuse du Coran ? Elle est pourtant un véritable appel à la paix civile, à la paix des consciences. Appel, par exemple, pour que soient révisés les manuels scolaires « de sorte à corriger les distorsions induites par cette culture en crise qui, outre l’incitation à l’extrémisme et à l’agressivité, alimente les guerres et les dissensions et sape l’unité des sociétés ».

Le préambule de cette déclaration rappelle que « la détérioration de la situation a conduit à l’affaiblissement ou à la dislocation du pouvoir central dans certaines régions, qu’elle a, en outre, favorisé la montée en puissance de groupements criminels, dénués de toute légitimité scientifique ou politique et qui se sont arrogés le droit d’édicter des règles en les imputant à l’islam, que les effets de cette situation sur les minorités leur ont fait subir massacres, asservissements, déracinements et autres horreurs et humiliations, alors qu’elles avaient vécu, des siècles durant, au sein des musulmans et sous leur protection, dans un climat de tolérance, de coexistence et de fraternité, dûment consigné par l’Histoire, et attesté par les chroniqueurs scrupuleux de la vie des nations et des civilisations ». Après de telles appréciations, on pourrait rêver, effectivement, à un retournement de situation, mais le califat ne peut pas appliquer ce qu’il considère comme des élucubrations infondées.

C’est à peu près dans les même termes que Leurs Saintetés catholique et orthodoxe ont exprimé le souhait que le conflit qui endeuille le Proche-Orient soit réglé dans les plus brefs délais, et notamment grâce au dialogue interreligieux (parfaitement utopique en ce qui concerne les autorités de Raqqa). Lisons leur communiqué commun : « Dans les circonstances actuelles, les leaders religieux ont une responsabilité particulière pour éduquer leurs fidèles dans un esprit de respect pour les convictions de ceux qui appartiennent à d’autres traditions religieuses. Les tentatives de justifications d’actions criminelles par des slogans religieux sont absolument inacceptables. Aucun crime ne peut être commis au nom de Dieu, “car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix” (1 Co 14, 33). »

Les deux chefs des Églises chrétiennes n’oublient pas l’Europe : « Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Nous appelons les chrétiens européens d’Orient et d’Occident à s’unir pour témoigner ensemble du Christ et de l’Évangile, pour que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne. »

Puissions nous espérer que les rois d’Arabie et du Maroc ainsi que François Hollande s’imprègnent de ces pieux vœux. J’en doute. Vous aussi, non ?

À lire aussi

Le Point offre une ode à BHL : il a vaincu Zemmour !

Décidément, les temps sont durs pour notre philosophe : non seulement, il est contraint, p…