Ahmed Sahnouni n’a pas de chance. C’est mardi qu’était examinée par le la validité de la déchéance de nationalité française dont ce Marocain de 45 ans, naturalisé en 2003, fait l’objet depuis le 28 mai. Condamné en 2013 à sept ans de prison, il est considéré comme la tête pensante d’un réseau Al-Qaïda sur Internet. Or, une serait envisageable fin 2015… Forcément, le contexte actuel n’est pas très porteur pour sa requête.

D’autant que la grande, la vraie question est là. La carte d’ que l’on a retrouvée dans la voiture des frères Kouachi a fait le tour du Web, avec ce seul commentaire « léger » : quelle bande de pieds nickelés ! Paumer ça dans leur bagnole ! Des pieds nickelés qui ont quand même réussi à faire descendre les dirigeants du monde entier dans la rue. Pour ainsi dire, à faire cesser la Terre de tourner.

Mais cette carte avait surtout une haute valeur symbolique : j’ai la même, vous avez la même, nous avons tous la même, aux mentions près, dans notre portefeuille. Ils sont nos compatriotes. Français, comme vous et moi. Au moins en théorie.

On peut organiser une marche unitaire. Dire que la France est Charlie. Mais la France n’est pas Charlie, et la marche n’est pas unitaire, puisque ceux-ci – qui n’ont pas l’air très Charlie, n’est-ce pas ? – sont aussi français. Comme ceux qui tweetent #JeSuisKouachi. Et encore ceux qui claquent à grand bruit la porte de l’école au moment de la minute de silence. Et les conflits sanglants entre gens de même nationalité portent un nom, un nom que l’on n’a pas envie de prononcer pour ne pas porter la poisse, un nom qui est familier aux Libanais, par exemple. Et que le déploiement brutal de 10.000 soldats à travers la France n’est pas sans évoquer.

Alors, oui, évidemment, la nationalité est au cœur du débat. Les sont-ils encore français ? Pire, l’ont-ils jamais été ?

La question de la déchéance de nationalité est possible en droit. Mais fort peu appliquée (celle-ci est la première depuis 2006). Par exemple, parce que ne sont concernés que les naturalisés de fraîche date (donc les Kouachi et Koulibaly, nés sur le sol français, s’ils avaient survécu, n’auraient pas pu en faire l’objet), et parce que son principe même déclenche un concert indigné : donner, c’est donner ; reprendre, c’est voler ! L’avocat d’Ahmed Sahnouni le fait valoir : quelle situation inextricable ! Son client a deux enfants français ! « Défaire » est compliqué ? Mais pourquoi, alors, avoir imprudemment « fait » ? Quel olibrius, en 2003, a donc eu l’idée saugrenue de donner la nationalité française à Ahmed Sahnouni qui, homme fait de 33 ans, ne devait guère, déjà à l’époque, avoir le cœur débordant d’amour pour sa future patrie. Qui s’en est seulement inquiété ? Une chose qui s’obtient sans effort comme une formalité, et qui ne peut être supprimée sans déclencher un tonnerre de protestations s’appelle un dû. Un acquis . Or, un acquis social ne dit rien des dispositions intimes du bénéficiaire. Un acquis social ne suscite aucune affection, aucune fierté, ne fait pas vibrer.

On assistera peut-être en grande pompe, solennellement médiatisées, à quelques déchéances de nationalité. Pesées, arbitrées en se grattant le crâne. C’est si épineux !

Mais un traitement moins épineux, qui éviterait de reprendre d’une main ce que l’on a donné de l’autre, serait de ne pas distribuer imprudemment à tort et à travers. Ne pas naturaliser inconsidérément, pour ne pas avoir à déchoir difficilement.

14 janvier 2015

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