Franchement, on a du mal à suivre cet attelage qu’il est convenu mais inconvenant – par égard pour ceux que la connut dans le passé – d’appeler encore un gouvernement. « À hue et à dia », pourrait être sa devise. Hier à Alger, le garde des Sceaux expliquait que la question de la déchéance de la nationalité pour les binationaux coupables de crimes terroristes allait « s’éteindre ». Aujourd’hui à Paris, le ministre de la explique, après avoir été désavoué, que « la parole première appartient au président de la République, la parole dernière est celle du président de la République, point final ». Point final, on vous dit. Allez donc préparer votre et n’oubliez pas d’écouter le Président le 31 soir.

Une explication un peu courte pour celle qui, d’habitude, se veut plus volubile, moins laconique. Une explication un peu courte, aussi, pour les Français qui ont tout de même le droit de se poser des questions sur la cohésion et donc la cohérence de ce gouvernement, notamment lorsqu’il s’agit de questions aussi essentielles : on ne discute pas là d’un demi-point de TVA sur le prix des couscoussières !

La question n’est pas tant de savoir s’il faut déchoir les binationaux criminels que de se demander si doit être renvoyée à ses chères études. Pour la première question, je vous fiche mon billet que la chose peut encore évoluer. Si le Conseil d’État n’a rien eu à redire à cette mesure, qui nous dit qu’au bout du processus législatif le Conseil constitutionnel ne la retoquera pas ? aura beau jeu de dire qu’il aurait bien voulu mais que… Pour la seconde question, la réponse est évidemment oui et c’est pour cela – je vous re-fiche mon billet – que Mme Taubira restera très probablement ! On a tout dit sur Christiane Taubira : caution de de ce gouvernement socio-libéral, risque qu’elle représente si elle était congédiée comme une domestique. N’oublions pas que sa candidature à la présidentielle de 2002 contribua, modestement (2,32 %) mais certainement, à la chute de Lionel Jospin. « Plus jamais ça » doit être le maître mot de François Hollande lorsqu’il observe son flanc gauche. Mieux vaut quelques pas de paso doble entre Valls et Taubira sur les parquets des palais nationaux qu’une Taubira qui ferait la java en solo sur le pavé parisien.

Mais allons plus loin. La question est-elle vraiment de savoir si Mme Taubira doit rester ou pas ? « J’y suis, j’y reste », semble-t-elle dire, narquoise, à une droite qui attend depuis bientôt quatre ans de poser sa tête en trophée sur la cheminée. La vraie et seule question n’est-elle pas plutôt de savoir si nous sommes gouvernés. Qu’on me pardonne encore une fois cet instant de nostalgie, mais il fut un temps dans ce pays où le gouvernement déterminait et conduisait la de la nation, un temps où les ministres fermaient leur gueule ou démissionnaient. C’était au temps de la Ve République.

À l’heure où j’achève ce papier, la déchéance est toujours d’actualité et Mme Taubira toujours au gouvernement. Sans garantie d’actualité pour demain matin…

23 décembre 2015

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