Au temps de la lutte des classes – sociales, entendons-nous –, les « jaunes » étaient ces syndicalistes accommodants et réformistes, briseurs de grèves, opposés aux « rouges », intransigeants et bien assis sur leurs principes révolutionnaires.

Parti, mercenaire dévoyé par passion amoureuse, pour combattre des moulins en Catalogne, et vu là-bas, par tous, comme un vrai « jaune » ; un traître au positionnement binational indéterminé, il nous est revenu, meurtri, pauvre petit migrant et simple regidor (conseiller municipal) à Barcelone. Fils prodigue pardonné, s’empresse à resucer la mamelle de France, sa brave mère d’adoption. Et le voilà, soudain, devenu rouge… de colère républicaine ! Comme on dirait dans son dialecte biologique : Complicat !

Depuis que l’autre Manu, l’Amiénois, ce petit frère en socialisme qu’il croyait toujours battre, lui a damé le pion élyséen, Manuel Valls cherchait, en désespoir de cause, la porte d’entrée du couloir médiatique. L’aurait-il retrouvée par un opportunisme génial ? Voyez plutôt :

Invité sur France Info, ce samedi 17 octobre, Manu est venu nous prouver qu’il n’est plus ce reître à cheval sur les Pyrénées – ni de France, ni d’Espagne – qu’on voudrait bien nous dépeindre. Plus Clemenceau que le vieux « Tigre », il appelle à une « indispensable » union nationale. Qui dira qu’il met le bleu-blanc-rouge dans sa poche ? Et d’appeler au sursaut de tous les courages : « Toute la presse, dans les jours qui viennent, doit publier les caricatures de Charlie Hebdo. » et « dans toutes les écoles, […] il faut montrer ces caricatures ».

Et le lendemain, dimanche 18, Manu a tweeté : « Ce soir, à 18 h, je suis l’invité de Jean-Baptiste Boursier sur @BFM TV. » Doutait-il de son audience de la veille ? Se trouvait-il trop ignoré, agitant les bras pour son grand retour, l’après-midi même, parmi les milliers d’autres anonymes venus honorer Samuel Paty à la République ? Et de réitérer, patriotique : « Quand mon pays est attaqué, je suis là », réaffirmant avoir tout compris, dès 2015, au mal islamiste : « Ah ! oui… il suffit de retrouver nos mots ! » dit-il au journaliste. Hélas, oui, des mots !

En janvier 2015, Manu était Premier ministre. Les attentats islamistes firent 17 victimes. Manu eut ces mots définitifs : « Je suis Charlie ! » Et notre pays continua de sombrer. En demandant, aujourd’hui que les piètres caricatures de Charlie soient brandies partout – ce qu’il ne fit pas à l’époque –, il démontre qu’il n’a rien compris aux vraies valeurs de la France qui ne sont ni le mauvais goût, ni le blasphème, ni l’outrance sans conscience.

Mais puisque le voici maintenant des plus prompts à pointer la « lâcheté » de ses vieux compagnons de route à gauche, en s’affirmant, en paroles sur BFM TV, presque plus lepéniste que Le Pen, comme s’il avait vu la lumière, conseillons-lui l’ultime emploi à la portée de ses conseils donnés aux autres : celui d’homme-sandwich, un Mahomet devant et un Charlie derrière, pour trouver des clients de laïcité à la mosquée d’Évry-Courcouronnes !

Du temps de Jaurès, les « jaunes » portaient pour emblème un gland jaune ou un genêt. Manuel Valls, qui n’est plus vraiment jeunet, mais ancien « jaune-rouge » devenu politiquement incolore, court, désespéré, pour rattraper en marche le TGV de l’Histoire. La remontada impossible ? En 2014, il avait planté un chêne dans les jardins de Matignon. Son parcours politique se résumerait-il à l’histoire d’un gland ?

21 octobre 2020

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