Des débats télévisés, on en a connu des wagons depuis plus de 40 ans. Certains restent des morceaux d’anthologie. Avec des phrases « culte » – il est vrai – souvent ciselées à l’avance. 1974, Giscard à Mitterrand : « Vous n’avez pas le monopole du cœur. » 1988, duel à fleurets mouchetés entre Chirac et Mitterrand : « Je ne suis pas le Premier ministre et vous n’êtes pas le président de la République »« Mais vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier Ministre. » Faut reconnaître que ça avait de la gueule !

Les temps sont durs pour les nostalgiques de ces joutes d’antan. Preuve en est le débat de mercredi soir, entre Manuel Valls et Benoît Hamon. L’ancien Premier ministre, depuis l’annonce, dimanche soir, des résultats du premier tour de la primaire, a fait monter la tension à un haut niveau en refusant de dire qu’il soutiendrait son concurrent en cas de victoire de ce dernier et en comparant le député de Trappes à un marchand de sable. Chic ! Cela nous promettait du sang sur le pré. Eh bien, même pas. On imagine que les témoins des deux protagonistes se sont rencontrés en terrain neutre afin de convenir que les balles dum-dum seraient proscrites durant ce débat et que l’on s’arrêterait au premier sang. Après la séquence grand-guignolesque des résultats du premier tour, il n’était peut-être pas nécessaire d’en rajouter. Certains rêvaient d’avoir du sang, on a eu du chiant.

Dans ce débat, reconnaissons tout de même à Benoît Hamon une grande cohérence dans ses propositions économiques, notamment en ce qui concerne son idée de revenu universel. Certes, on jongle vertigineusement avec les milliards que l’on n’a pas : 350, 450… Youpi ! Mais n’oublions pas qu’il s’agit là d’un débat à gauche. On n’allait pas nous faire du Pinay ou du Raymond Barre non plus ! Manuel Valls, a contrario, a fait ce qu’il sait faire de mieux : du verbiage, tout en essayant de se donner l’image de rigueur qui sied à un social-démocrate qui prend ses consignes à Bruxelles.

Une proposition de Benoît Hamon a retenu toute mon attention. Constitutionnaliser le droit à respirer un air de qualité (si j’ai bien suivi). Pourquoi pas. Comme il envisage de distribuer un revenu universel, on pourrait imaginer un impôt, justement, sur cet air que l’on respire, pour financer cedit revenu universel.

Côté petites phrases préparées d’avance, une soirée assez chiche. Nous en retiendrons deux. Ce n’est pas du Georges Marchais mais on fera avec. Manuel Valls : “Je veux être le Président de la feuille de paye, pas de la feuille d’impôt.” Pas mal. Benoît Hamon : “On négocie avec les banquiers, pas avec la nature.” Joli.

Au final, quelle vision les deux candidats à la candidature nous ont-ils dessinée ? Benoît Hamon veut donner aux Français un “futur désirable”, recyclage à moindre coût du “désir d’avenir” de Ségolène Royal. Manuel Valls, fidèle à lui-même, veut “incarner la République”. Rien que ça !

Au fait, c’est quoi la différence entre un débat Giscard-Mitterrand et un duel Hamon-Valls ? Comment vous dire ? Vous voyez la différence entre un film érotique et un film porno ? Le second devient vite lassant.

25 janvier 2017

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