La procédure simplifiée du divorce envisagée par le garde des Sceaux Christiane Taubira soulève des oppositions sur Boulevard Voltaire... Gabrielle Cluzel a le souci louable de préserver coûte que coûte la solennité de l’engagement (et, donc, du désengagement) dans un couple et y voit un mauvais coup de plus porté à la famille ; Philippe Bilger, de son côté – même s’il estime qu’il ne s’agit que d’une annonce sans lendemain –, s’est exprimé en professionnel qui a été confronté à trop de situations douloureuses…

Leur principal argument commun – protéger le plus faible dans un couple cassé – me semble parfaitement justifié, mais pour des divorces conflictuels dont la procédure n’est pas remise en question.

S’il y a consentement mutuel, l’actuelle procédure imposée pour prononcer d’abord une séparation, puis le divorce définitif, ne fait qu’ajouter à une situation personnelle déjà assez difficile à traverser, lenteurs, lourdeurs et démarches absconses, ainsi que des coûts financiers importants, pour ne pas dire exorbitants parce que grotesques.

Un proche ami m’expliquait que son ex-femme et lui – ils étaient aussi jeunes que peu fortunés l’un et l’autre (l’amour et l’eau fraîche n’ont eu qu’un temps) – ont dû patienter deux ans pour avoir les moyens financiers de concrétiser leur décision, avec pourtant un avocat commun qui leur a réclamé des honoraires minimum pour une intervention obligatoire mais, de fait, tout aussi minimum… Quelques mois plus tard, lors d’un dîner - cet ami se plaignant de la somme tout de même déboursée alors qu’il n’y avait aucun contentieux financier ou familial avec son ex –, une avocate présente s’était exclamée, outrée par la remarque : « Il faut bien, tout de même, que les avocats vivent ! »

Ayant connu le même échec dix ans plus tard avec une deuxième épouse, il me raconta alors que celle-ci et lui avaient fini non seulement par tout régler hors de l’intervention de leurs avocats – cette fois respectifs et pas en commun –, mais que sa seconde ex-épouse avait dû, de son côté, calmer son propre conseil, qui la poussait à poursuivre une longue (et très coûteuse) procédure… Tout travail mérite certes salaire, mais faut-il encore qu’il y ait travail ! Et travail le méritant !

L’actuelle procédure de divorce par consentement mutuel semble n’avoir d’autre finalité, outre la question du gagne-pain pour certains intervenants indélicats (tous ne le sont pas, bien sûr !), que la punition du couple déjà brisé, alors même que la vie se charge déjà de lui faire largement supporter l’échec de ce qui aura été, pour elle, pour lui, à un moment donné, un engagement sincère.

Est-ce à la société de juger un divorce ? Rappelons tout de même qu’un mariage civil – distinct d’un mariage religieux où l’engagement se fait alors devant Dieu – n’est qu’un contrat. La société n’a pas plus vocation à « bénir » qu’à « blâmer », et encore moins à « facturer » la rupture de celui-ci lorsqu’elle est décidée de part et d’autre.

Rendons des comptes à Dieu de la promesse qui lui a été faite – car on lui a demandé de bénir l’union, rappelons-le tout de même –, mais laissons aux citoyens la pleine et entière liberté d’une décision commune… qui ne regarde qu’eux… et leur conscience !

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8 janvier 2014

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