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Culture - Editoriaux - Société - 15 août 2013

De Paris à Bamako : le Vélib’, ce troublant objet du désir !

En mission commando pour vous, chers lecteurs de Boulevard Voltaire, j’ai testé le Vélib’ à Paris. Bon Dieu, que c’est risqué ! Et désagréable. Risqué parce qu’on est frôlé toutes les 5 secondes par des bagnoles rageuses ; désagréable parce qu’il faut s’arrêter tous les 50 mètres à un feu. J’ai à peine eu le temps de m’arrêter boire une Suze à l’Hôtel du Nord. Mais bon, le Vélib’ a ses adorateurs, et pas forcément là où on les attend.

Ce symbole de la post-modernité, aussi culte pour le bobo qu’une statuette de bouddha « Maison du monde », est en effet devenu l’amour fou de nos « jeunes » de banlieue ! Cette semaine, Libération a osé affronter le grand tabou du début de siècle : l’explosion des vols de Vélib’ dans la région parisienne. Le journal précise que « l’ampleur du phénomène a forcé la mairie de Paris à communiquer pour répondre à la colère des usagers ».

Il suffit d’aller voir sur le site Vélib’ de la mairie de Paris : l’an passé, « 9.000 vélos volés ou vandalisés ont été comptabilisés » par les services municipaux. «Le phénomène est très concentré sur le nord-est parisien et les communes avoisinantes. À l’heure actuelle, une vingtaine de stations de cette zone a été fermée «jusqu’à nouvel ordre». » Il y a trois ans déjà, la société JCDecaux (prestataire) avait négocié avec la ville de Paris un avenant sur le contrat pour faire face au vandalisme : plus de 16.000 bicyclettes avaient été dégradées en 2009 sur un parc de 23.000 vélos !

Actuellement, la palme revient peut-être à Aubervilliers, et son parc de 500 Vélib’, où… 1.000 Vélib’ ont été volés ou vandalisés depuis le début 2013.

Comment expliquer ce phénomène quasi paranormal ? C’est là que nos chasseurs de fantômes sociaux interviennent : pour Christophe Crépin du syndicat UNSA , « ces jeunes sont désœuvrés. Ils n’ont pas l’impression de voler quelqu’un mais juste de s’en prendre à l’État.» Quant à la déclaration de la mairie d’Aubervilliers, elle vaut son pesant de cacahuètes : « Dans les quartiers, c’est un peu devenu un rite initiatique, un symbole de virilité pour les 13-16 ans que de voler un Vélib’. Après, il y a aussi le fait que le service a longtemps été perçu comme un élément allogène sur “leur” territoire, une pratique issue de la culture bobo. Qu’ils se sont réappropriée de manière délictueuse.»

En province, en tout cas, on ne se décourage pas. À Toulouse, dont… 75 % du parc Vélib’ est vandalisé chaque année, la municipalité veut « étendre son système aux quartiers sensibles, comme La Reynerie et Le Mirail ». Bon courage !

Restons positif. Le Vélib’, dont on voit paraît-il des exemplaires jusqu’à Bamako, fait des heureux. Comme disait un haut responsable de JCDecaux cité par Le Figaro, « les Africains adorent le côté 4×4 du Vélib’, si robuste qu’il permet de circuler même en brousse ». Roulez, jeunesse !

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