De Mélenchon à Marine Le Pen, tous les programmes économiques sont bidon

À chaque élection présidentielle, c’est la même chose : les candidats rivalisent d’ingéniosité pour présenter un projet de gouvernement capable de faire le plein des électeurs dans leur famille politique sans trop heurter les électeurs de leurs adversaires. Plat de résistance du projet, le programme économique est l’objet d’une attention particulière de la part des journalistes, mais aussi des Français ordinaires, même si, pour la plupart, ils ne connaissent pas grand-chose au sujet.

Sachant qu’un candidat qui ne chiffrerait pas son programme passerait immédiatement pour un saltimbanque, chacun y va de sa calculette pour aligner les milliards en plus ou en moins, comme si quelques chiffres suffisaient à valider des vœux pieux couchés sur un bout de papier. Or, si l’État est capable d’enclencher des réformes de structures qui produiront leurs effets positifs après quelques années, dans le temps d’un quinquennat, la croissance ne se décrète pas, et moins encore dans une économie ouverte qui a renoncé à sa souveraineté monétaire et qui ne dispose pas de marge de manœuvre budgétaire. Or, la croissance détermine les recettes de l’État et le niveau d’activité de la population, donc l’emploi. Conséquence : les objectifs chiffrés, que ce soit en termes de dette publique ou de chômage, ne valent strictement rien. Depuis 1981, aucun gouvernement n’est parvenu à respecter sa feuille de route et ce décalage n’a fait que croître avec le temps.

Puisque la croissance ne se décrète pas et que les électeurs sont en attente d’un discours audible sur les deux questions clés du chômage et du pouvoir d’achat, chaque candidat y va de son tour de passe-passe pour donner à son programme un habillage présentable, et ce tour de passe-passe, c’est toujours le même : on surestime le taux de croissance prévisionnel et on fait totalement l’impasse sur les résistances syndicales et corporatistes aux réformes, ce qui n’est rien d’autre qu’une tromperie. Le programme économique de Marine Le Pen fait exception à cette règle. Là, point de chiffres mais un préalable de fond : la sortie de l’Union européenne, une chirurgie à vif présentée abusivement comme une sinécure, mais il est vrai que ses électeurs l’attendent ailleurs, sur le terrain de la sécurité, des institutions, de la laïcité, etc.

À l’heure où la confiance dans les élites est au plus bas, le candidat qui se bornerait à dresser les orientations générales de son programme (austérité ou relance, hausse des impôts ou baisse des dépenses), à désigner les principaux bénéficiaires et les principaux contributeurs (secteur privé ou secteur public, PME ou grandes entreprises, particulier ou entreprises) sans donner de chiffres ou bien (encore mieux) en faisant l’hypothèse d’une croissance zéro, mais en faisant de la pédagogie pour démontrer la cohérence de l’ensemble, serait à mes yeux le plus sincère.

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