Editoriaux - Le débat - Table - 11 février 2014

De Manuel Valls et de son peu de goût pour les débats…

Pourquoi veut-il absolument que j’assiste aux spectacles de Dieudonné ? Pourquoi diable me pousse-t-il avec tant de vigueur et d’opiniâtreté devant les vidéos d’Alain Soral ? Quel dessein trouble anime et mobilise notre vibrionnant ministre de l’Intérieur ? Voilà ce qui m’épate, ou m’inquiète, en tout cas m’interroge. Et vu le soudain amoindrissement de sa popularité au cours du seul mois dernier 1, je ne dois pas être le seul à me poser des questions.

S’imagine-t-il que, comme lui, je n’ai que ça à faire ? Enfin, quoi ! J’ai du travail, moi ! Et sauf le respect que je lui dois, ses chicaneries avec ses camarades ne m’intéressent pas !

Maintenant, s’il s’agit de m’éclairer efficacement sur un sujet qui le préoccupe, de m’alerter sur un péril qui menace mon pays, d’empêcher de nuire un charlatan au boniment empoisonné et — cerise sur le gâteau — de reconquérir le cœur perdu des Français, j’ai une bien meilleure idée à lui proposer, presque une solution : un débat ! Oui, un débat, public, télévisé, entre Alain Soral et lui.

Une confrontation franche, courtoise à défaut d’être cordiale, entre gentilshommes… pour crever l’abcès, plutôt que de laisser l’infection s’étendre… Un débat en direct, sur le fond, à une heure de grande écoute… Voilà ce qu’il nous faut ! Voilà ce qui s’impose !

Démasquer le bonimenteur, publiquement, plutôt que d’aiguillonner la curiosité de ses contemporains par une tonitruante tentative de le réduire au silence. Plutôt que de s’éreinter à dégonfler un prétendu scandale en le gonflant au contraire au grand vent de gesticulations déconcertantes, plutôt que la Kalachnikov ou la Grosse Bertha à l’encontre de la brebis égarée (qui n’ont pour effet que de nous inciter malgré nous à prendre en pitié le pauvre animal), plutôt que l’ostracisme surtout, inacceptable extrémité, pourquoi, avec la France pour témoin, ne pas ramener le forcené à la raison, l’arracher à ses erreurs, à ses égarements, à ses mensonges, les lui faire reconnaître pour ne pas se déconsidérer tout à fait, le remettre gentiment mais fermement sur les rails, face à la réalité ?

Un peu de réalité à la télé… ça ­changerait de la “télé-réalité”, non ?

Une joute en terrain neutre, sans hiérarque de la gent journalistique pour s’en servir de faire-valoir ou porte-voix, contraindre ou phagocyter le débat, selon leur habitude — quel bonheur ! — sans rien ni personne pour empêcher la vérité de transparaître, sinon d’éclater.

Nul doute qu’un esprit supérieur — éclairé au point de disposer du pouvoir de décider qui a le droit de s’exprimer et qui ne l’a pas, ce que je suis apte à entendre et ce qu’il faut étouffer — parviendra sans difficulté à me démontrer que le paria qu’il terrasse est bien ce personnage infréquentable qu’il me désigne en prenant grand soin de me le masquer, nul doute que notre champion du bien-penser réussira sans difficulté à me prouver que sa bête noire est bien aussi noire qu’il le prétend… et pas tout simplement bleu, blanc, rouge !

Notes:

  1. -12 % selon un sondage CLAI-Metronews-LCI, réalisé par l’institut OpinionWay et publié dimanche.

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