Pour le quarantième anniversaire de la mort d’, ma curiosité m’a poussé à visiter le site Internet du ministère de la Culture. Pour voir la qualité de l’hommage que le ministère lui rendrait. Mes craintes furent confirmées. Pas un paragraphe, pas une ligne sur le premier ministre de la Culture.

Ce 23 novembre 2016, nous pouvions en revanche être informés de l’extension du Centre national des arts du cirque à Châlons-en-Champagne, et suivre en direct de l’Assemblée nationale le colloque sur « les violences sexistes et les médias ». Voilà l’actualité du jour du ministère.

Ne soyons pas surpris par cet impair fait au père du ministère des Affaires culturelles. Au fil du temps se sont succédé des ministres de la Culture émerveillés devant les « tags » et les « techno parades » (Jack Lang), déclarant ne pas avoir le temps de lire (Fleur Pellerin) et se félicitant qu’une chanson en anglais composée par David Guetta soit l’hymne de l’Euro 2016 en France (Audrey Azoulay). Ce fast-food culturel encouragé par ces vastes gourdes ont transformé le ministère de la Culture en ministère de l’acculture. Remercions-les de ne pas avoir pris en otage la mémoire d’André Malraux ce 23 novembre.

En réalité, les ministres de la Culture sont, aujourd’hui, des Miss France conviées à toutes les inaugurations possibles, sommées de “se taper des spectacles tous les soirs” et de dire “que c’est bien, que c’est beau !”, dixit François Hollande à Fleur Pellerin lors de son arrivée au ministère.

Face aux obscénités artistiques soutenues par le ministère, certains Français ne se laissent pas faire. J’en veux pour preuve le Dirty Corner (autrement appelé Vagin de la Reine) d’Anish Kapoor exposé dans les jardins du château de Versailles et le Tree (autrement appelé plug anal) de McCarthy dressé place de la Concorde, qui n’ont pas attendu longtemps avant d’être vandalisés.

Face à cet appauvrissement culturel, il nous reste Malraux. Aujourd’hui encore, un frisson parcourt notre épiderme à l’écoute du discours du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, comme si nous revivions inlassablement le temps glacial du 19 décembre 1964. Auguste Comte avait raison : “Les morts gouvernent les vivants.”

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