Cinéma - Editoriaux - Société - Tribune - 5 mars 2017

De l’empathie pour les animaux à celle pour les hommes…

Une tribune parue dans Libération, il y a quelques jours, cosignée par des gens de formation et de professions diverses, avait pour titre : “Enseignons à l’école l’empathie pour les animaux.”

La tribune est plus riche que cela, mais le titre à lui seul vaut le détour. L’empathie est spontanée, souvent attribuée aux neurones miroirs. C’est ce qui amène un bébé à sourire en réponse au sourire de sa mère. La tribune mentionne, d’ailleurs, le fait que les enfants ont spontanément de l’empathie pour les animaux ; c’est vrai, en tout cas, pour certains mammifères et quelques oiseaux. C’est moins net pour les poissons et les insectes, pour ne pas parler des huîtres ni du corail.

Cette attirance est réciproque et les animaux ont souvent un comportement très différent avec les jeunes enfants – et souvent, d’ailleurs, avec les handicapés – de celui qu’ils ont avec les adultes.

La question est de savoir si on peut enseigner l’empathie. De même qu’on peut enseigner les marques du respect, mais pas le respect autrement que par l’exemple, je crains qu’on ne puisse enseigner l’empathie autrement que par l’exemple. C’est ce que font de nombreux films mettant en scène des animaux et je vois mal un professeur rivaliser dans ce domaine avec Les 101 Dalmatiens.

Il me semble que l’empathie est spontanée, et que son absence est le symptôme d’un mal-être, d’une carence ; peut-être, au moment de l’adolescence, une manière de rompre avec l’enfance.

Vouloir enseigner l’empathie, en dehors du fait que cela me semble impossible, consiste à essayer de soigner un symptôme sans rechercher la cause du problème. On est dans la rééducation. Et ce que les signataires de la tribune recherchent, c’est d’apprendre, à travers les animaux, à éprouver de l’empathie pour ses semblables.

Un des sous-titres est tout à fait explicite : “Vivre ensemble et faire société.” Comme si apprendre l’empathie pour les animaux pouvait apprendre à aimer les hommes. Qui de nous n’a pas entendu marmonner “Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien” ? Qui n’a, en tête, une ancienne star du cinéma français ?

Marcel Gauchet a d’ailleurs donné comme titre à un livre Sous l’amour de la nature, la haine des hommes (toute ressemblance avec un animateur vegan ne serait pas fortuite).

Je ne crois pas une seule seconde que l’empathie pour les animaux, dont nous nous sentons en général responsables et protecteurs, puisse conduire à l’empathie pour les hommes. Je trouve très inquiétant que nous en soyons arrivés à envisager de faire entrer l’apprentissage de l’empathie dans un programme scolaire. L’école doit d’abord apprendre à lire, écrire et compter, puis à réfléchir, et l’empathie pour les animaux viendra avec.

Cela dit, celui qui a en même temps de l’empathie pour le chat et pour la souris, pour le loup et pour l’agneau, pour le renard et pour la poule est sans doute plus apte qu’un autre à ressentir de l’empathie à la fois pour le juge et pour le prisonnier, pour le patron et pour l’employé, pour l’homme et pour la femme. Mais c’est là un grand pas vers l’humanité, et ça n’est pas vraiment dans l’air du temps.

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