Le malade École bouge encore, les spécialistes qui le traitent depuis quarante ans n’en sont toujours pas venus à bout. Ils ont décidé d’expérimenter de nouveaux traitements, qui devraient accélérer l’agonie : cette fois-ci, on va supprimer les notes.

Grandes invasions, changement de peuple et de civilisation, effondrement des syntaxes d’être, d’écrire et de parler : le VIe siècle nous regarde comme un frère.

Peut-être allons-nous réussir à enrayer le cours des choses, peut-être pas. En parallèle aux grandes ambitions, et sans renoncer à elles, il faut en avoir de petites, essayer de sauver ce qui peut l’être.

L’École n’est plus réformable, ceux qui manigancent sa perte sont dans la place, elle est comme une nationale qui serait constituée majoritairement d’ennemis de la nation.

Pourtant on sait très bien ce qui donne de bons résultats, ce qui en a donné pendant un siècle ou deux, ce qui a éduqué à la France, à la culture française et à la culture tout court un nombre limité de Français, certes, mais très bien : autorité, distanciation, formalisme tempéré par la gentillesse, chronologie, semaines qui sont des semaines et trimestres qui sont des trimestres, évaluation, sélection, etc. Tout cela est connu et compte des partisans parmi les trois parties concernées : les parents, les élèves, les professeurs — minoritaires, peut-être, mais désespérés et résolus.

Qu’on leur donne des établissements en fonction de leur nombre : un s’ils sont mille, cent s’ils sont cent mille. Il ne s’agit pas de sortir du système mais de faire sécession à l’intérieur de lui. L’Église s’est bien accommodée des fidèles de la de saint Pie V, et elle leur a donné des lieux de culte. Nous avons besoin de sanctuaires.

Ceux-là, les écoles, collèges et lycées "réformés", décidés à un retour à la règle (pour filer la métaphore religieuse - et c’est bien aux couvents du haut Moyen Âge que je songe), seraient ouverts à tous ceux qui voudraient profiter de leur enseignement, quelles que soient leurs origines sociales, ethniques, culturelles ou économiques. Il en résulterait forcément des inégalités d’aptitude, que serait chargé de pallier un corps volant de professeurs assistants, spécialisés dans l’aide individuelle ou quasi individuelle : le principe étant qu’aucune bonne volonté ne soit laissée sans secours. On prendrait tout le monde, tous ceux qui voudraient être intégrés à ce mouvement de retour à l’ordre, mais on garderait seulement ceux qui pourraient et surtout qui voudraient le suivre, qui en donneraient concrètement les signes, par leur attitude et par leurs résultats.

À ceux qui ne pourraient ou ne voudraient pas le suivre, il n’arriverait rien de plus affreux que d’être renvoyés au système actuel, celui dont on nous dit et redit qu’il est si soigneusement calculé pour leur épanouissement. Il n’y aurait donc aucun risque : aucune volonté ne serait forcée un seul instant, et il ne pourrait rien arriver de pis que la continuation, pour la nation et pour les individus, de ce que tant de pédagogues patentés agencent avec tant de sollicitude.

Même les coûts seraient nuls : comme nous sommes persuadés que le désastre actuel et sa résolution ne sont en aucune façon une affaire de moyens, nous ne demanderions pas un sou de plus pour cette réforme-là, la réforme anti-réformes. Au moins dans un premier temps, les professeurs volontaires ne seraient pas mieux rétribués que les autres, bien qu’il leur soit demandé plus d’efforts et plus d’heures de classe ; en revanche, ils auraient la satisfaction de voir restituer un sens et une dignité à leur vocation. Ceux qui estiment qu’elle ne manque ni de l’un ni de l’autre dans l’actuel cours des choses n’auraient qu’à n’être pas volontaires - ils ne seraient pas concernés. Je ne vois guère d’un peu désavantagée que l’industrie du tourisme : il est certain que la durée et la répartition des congés scolaires ne seraient plus calculées en fonction de ses desiderata.

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3 décembre 2014

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