Personne ne sait ce qui s’est passé. Certains disent qu’ils auraient vu la Vierge apparaître au-dessus d’un nouveau projet pour l’Europe. D’autres que le plafond de leur petit salon où l’on cause leur serait tombé sur la tête. Mais quoi qu’il en soit, pour le think tank Terra Nova, quelque chose d’extraordinaire vient de se produire. Comme ça, d’un coup, sans qu’on sache vraiment pourquoi, ils ont eu une bonne idée. Pour ceux qui ne connaîtraient pas Terra Nova, il s’agit d’une fondation qui sert de boîte à idées au PS. Par exemple, c’est de leurs bouillonnants cerveaux qu’est sortie la réforme des rythmes scolaires. C’est dire si on est sur du génie bien en prise avec la réalité. Alors, quelle est donc cette bonne idée ? Légaliser le cannabis.

Apportons toutefois une précision : Terra Nova parle surtout gros sous. Ce qui est plutôt légitime de la part d’une fondation qui trouve ses financements auprès des plus grandes entreprises du CAC 40. L’argument financier avancé est que la légalisation du cannabis permettrait de faire économiser à l’État plus de 500 millions d’euros de dépenses publiques (police, surveillance, justice) et générerait de formidables recettes fiscales (entre 1,5 et 2 milliards d’euros). Question santé, un cannabis réglementé permettrait en toute transparence de guérir les dépendances trop fortes. De toute façon, aujourd’hui, cette drogue circule quasiment sans entrave. Alors arrêtons l’hypocrisie et encadrons ce produit (teneur en substances toxiques, production, réseau de distribution) comme on a pu le faire pour la cigarette ou l’alcool.

Mais, et en toute modestie face à de tels esprits éclairés, on pourrait peut-être rajouter un petit point à leur raisonnement. Un point sociétal qui, étrangement, n’est quasiment pas évoqué par nos inspirés penseurs : une telle mesure aurait la vertu de scier la vigoureuse branche sur laquelle sont assis des milliers de racailles à capuches. Car en abandonnant, il y a quelques décennies, le cannabis aux cités, nos brillants politiques se sont dit qu’ils faisaient le choix de la délinquance pour éviter la guerre civile. Mais dans la droite ligne de la prophétie de Churchill, ils ont choisi la délinquance et nous allons tout droit vers la guerre civile. En effet, l’argent du trafic a créé de véritables petites dictatures pas accueillantes du tout en plein cœur de notre République. Ceux qui osent les visiter pourront y rencontrer plein de gentils garçons prêts à effacer à grands coups de Kalachnikov tout ce qui pourrait mettre en péril la balance extérieure de leur nouvelle patrie. Alors oui, cette idée peut avoir des effets positifs. La légalisation du cannabis, accompagnée de sanctions lourdes pour ceux qui continueraient le trafic, rendrait caduque toute forme de commerce illégal dans les cités. Plus d’argent, plus de territoire à défendre. Et donc, rêvons un peu, le début de l’urgente et tant attendue reconquête de pans entiers de notre territoire.

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