Obama vient, après cinquante-deux ans, de normaliser les relations des États-Unis avec Cuba. Cinquante-deux ans d’embargo pour quel résultat ? Le régime de Castro est toujours en place, des centaines de milliers de Cubains ont fui vers les États-Unis. Mais les États-Unis considéraient Cuba comme faisant partie de leur zone d’influence et ont cherché à stopper l’ingérence soviétique lors de la tentative d’invasion avortée de la baie des Cochons et de multiples tentatives d’assassinat de Fidel Castro.

Mais en même temps qu’il prenait une sage décision vis-à-vis de Cuba, Obama décidait de nouvelles sanctions contre la pour la crise ukrainienne. Curieux parallèle, les États-Unis ne supportent pas la moindre ingérence dans ce qu’ils considèrent comme leur zone d’influence mais interviennent constamment pour défendre leurs intérêts, généralement sous des prétextes de démocratie et de droits de l’homme.

Si on fait le tour des interventions récentes de l’OTAN, bras armé des États-Unis ou de coalitions dirigées par les Américains, que de désastres : la Serbie où la situation n’est pas encore stabilisée et où l’intervention “otanienne” a conduit à la sécession du Kosovo ; les deux guerres d’Irak dont les États-Unis n’arrivent pas à se dépêtrer et d’où est sorti l’État islamique qui, maintenant, contrôle une bonne partie de l’Irak et de la Syrie ; l’Afghanistan qui a déstabilisé non seulement le pays mais le Pakistan et créé les talibans qui ont, depuis, échappé à leurs créateurs.

Nous-mêmes et les Anglais avons entraîné l’OTAN dans la guerre de Libye qui a provoqué l’éclatement du pays et la déstabilisation du Sahel où nous sommes appelés à intervenir, au Mali, en Centrafrique…

Le régime de Bachar el-Assad ne nous plaît pas : heureusement, nous n’avons pas eu les moyens d’intervenir militairement, mais sous couleur d’aider une opposition modérée qui n’existe pas, nous voilà alliés objectifs du Front al-Nosra, émanation locale d’Al-Qaïda, pendant que nous emprisonnons les Français qui vont le rejoindre. Nous menons une politique étrangère totalement incohérente au nom de grandes idées mais en contradiction avec nos intérêts évidents : il faut vaincre l’État islamique et aboutir à sa disparition. Pour cela, nous avons besoin de la Syrie de Bachar el-Assad et aussi de ceux qui la soutiennent, la Russie et l’Iran. Allons à l’essentiel et soyons pragmatiques.

De même, nous avons tout à perdre de la crise russe à laquelle nous participons par des sanctions qui n’aboutiront à rien : la Crimée qui était russe depuis longtemps est retournée dans le giron russe et n’en sortira plus. Nous sommes en grande partie responsable de la crise en Ukraine que, sous influence américaine, nous avons cherché à entraîner vers l’Union européenne. Quelle idée : l’Ukraine est un État ruiné qu’il faudra soutenir à bout de bras. Il n’est même pas évident que Poutine ait envie d’annexer les provinces russophones du Donbass. Il préférerait une solution politique. En attendant, l’Europe a besoin d’une Russie forte et stable. Levons les sanctions et négocions directement avec la Russie, surtout sans consulter les Américains. Leurs intérêts ne sont pas les nôtres.

25 décembre 2014

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