Editoriaux - Politique - Radio - 29 avril 2018

“Trop d’Arabes à Toulouse” : le maire ouvre une enquête !

J’ai d’abord cru à une blague. Mais l’info, lue ce samedi dans plusieurs journaux, est apparemment exacte. En revanche, si vous imaginez Jean-Luc Moudenc, maire LR de Toulouse, en train d’effectuer d’interminables additions et de calculer des pourcentages compliqués, vous vous fourrez évidemment le doigt dans l’œil.

L’édile a bien diligenté une enquête mais elle doit déterminer si oui ou non Aviv Zonabend, un conseiller municipal de sa majorité, a tenu cet infâme propos : “Il y a trop d’Arabes à Toulouse.” Une déclaration tout à fait contraire à l’éthique de M. Moudenc, dont il nous inflige les grands principes dans un message posté sur Facebook, long comme le Code civil, et à peu près aussi indigeste.

“Dialogue”, “respect”, “tolérance”, “diversité”, “ponts”, “laïcité” […] “claire et sereine”, “valeurs républicaines” : un copieux cassoulet maison de poncifs à la sauce politiquement correcte. M. Moudenc retirera donc “toutes ses délégations” au contrevenant si ces propos sont avérés.

Or, l’enquête devrait être rapide, puisque les mots honnis auraient été prononcés lors d’une émission radiophonique, donc enregistrés. Là où ça se corse, c’est qu’il s’agit d’une radio israélienne et que, pour M. Moudenc, l’hébreu, c’est du chinois. Il a “découvert avec stupéfaction, dans le journal The Times of Israël, […] les propos prêtés à Aviv Zonabend”. Et donc “demandé que soit vérifié par un traducteur professionnel si ce qui a été publié correspond bien à ce qui a été dit”.

Mais, comme disait Sempé, “rien n’est simple” et, même, “tout se complique”. Car M. Zonabend aurait expliqué à France 3 Occitanie : “J’ai répondu dans un hébreu hésitant, une langue que je ne maîtrise pas. Je ne voulais pas parler d’Arabes mais d’islamistes.” S’il s’est mal exprimé dans une langue qu’il connaît mal, la traduction de ses propos, même la plus exacte possible, ne saurait lui valoir condamnation.

Difficile, certes, de savoir s’il est sincère. Mais M. Moudenc pourrait peut-être, de toute façon, excuser ce « dérapage » en citant Gérard Miller. Lequel affirmait, au sujet de l’évacuation de Tolbiac : “Il est décisif que les témoins des événements [traumatisants] puissent parler avec leur façon de faire, avec leur émotion.” On m’objectera que M. Zonabend n’a pas, lui, vécu d’événement traumatisant, que, partant, aucune émotion ne saurait lui faire confondre, dans le feu d’une interview, Arabes et islamistes. Pourtant, selon France Bleu“il était interrogé […] sur le port de la kippa et il a répondu” :

Je pense qu’aujourd’hui il ne faut plus porter de calotte sur la tête, c’est un problème de sécurité et pas d’identité. On me demande alors si je suis influencé par Mohammed Merah, je lui réponds que “oui, entre autres, ça marque”.

Il me semble que craindre quotidiennement pour sa sécurité parce qu’on porte une kippa dans la rue et qu’on se souvient qu’il y a cinq ans, à Toulouse, un musulman a tué trois enfants dans un attentat contre une école israélite est quand même un peu plus traumatisant qu’être prié de quitter avant le petit déjeuner un site occupé illégalement.

Au lieu d’enquêter très médiatiquement sur son conseiller municipal, M. Moudenc ferait mieux de mettre son énergie à assurer la sécurité de tous les Toulousains.

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