Audio - Editoriaux - Industrie - Internet - Justice - Musique - Presse - 13 novembre 2014

Dangers du live streaming illégal : en parler et dire adieu à HADOPI

HADOPI, en quatre ans d’existence, ce sont plusieurs dizaines de millions d’euros dépensés, 3,2 millions de courriers d’avertissement envoyés, 159 dossiers transmis au procureur de la République, 36 décisions de justice et… 19 condamnations. Autant dire que la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet n’a d’élevé que les coûts de fonctionnement. Pour ce qui est des résultats, on repassera. HADOPI vient de se lancer dans la lutte contre le streaming illégal, dont le live streaming. Connaissant la dangerosité de ce dernier et l’inefficacité de l’organisation, on est en droit de s’inquiéter.
 
N’en déplaise à sa présidente Marie-Françoise Marais, qui fait des pieds et des mains dans la presse pour qu’on ne la laisse pas succomber à “l’asphyxie budgétaire”  (elle a tort, plus on s’agite, moins on a d’air), le budget consacré à la Haute Autorité pour 2015 devrait encore être revu à la baisse. S’il était de 12 millions en 2011 – année de sa création –, il ne devrait plus être que de 6 millions en 2015. Marais, qui cette fois ne manque pas d’air, précise : “Si on nous accorde les 6 millions prévus, nous en ferons moins et moins bien.” Moins bien que 19 condamnations en quatre ans, soit même pas 5 en moyenne par an, vraiment ? Doit-on prendre une telle menace au sérieux ?
 
Que dit cette division par deux du budget d’HADOPI en quelques années ? Déjà, qu’une somme rondelette reste allouée à un organisme inopérant. 6 millions, pour des gens payés à envoyer des spams à la chaîne et à gaspiller du papier quand vient le moment du second avertissement, c’est trop. D’autant que sur le plan symbolique, le cost killing opéré par l’État envoie un message clair : même ce dernier n’y croit plus. S’il ne dissout pas la Haute Autorité, c’est simplement pour ne pas perdre la face.
 
L’échec d’HADOPI, c’est d’abord celui d’une méthode. Un constat s’impose : malgré toute la sympathie du public pour la « grande famille des artistes » et pour les industries audiovisuelles,  les internautes préféreront toujours privilégier leur intérêt à celui d’inconnus dont ils apprécient la musique, les films, etc. L’argument moral ne tient pas, pas davantage que l’argument coercitif. Le Web se définit d’abord comme un espace de liberté. Si des règles doivent exister, elles ne seront pas intégrées à coups de courriers passablement comminatoires.
 
Alors, comment s’y prend-on ? Peut-être en rappelant tout simplement que la liberté a un prix. En exposant certaines vérités peu sues. Ainsi, selon un récent rapport de l’Association of Internet Security Professionals (AISP), 97 % des sites édités illégalement seraient infectés par des logiciels malveillants. 500 millions d’ordinateurs seraient contaminés dans le monde, soit une nouvelle infection toutes les 18 secondes. La criminalité sur Internet occasionnerait 445 milliards de dollars de perte tous les ans.
 
Le live streaming illégal est particulièrement privilégié par les hackers, qui profitent de l’urgence dans laquelle se trouvent les internautes, pressés d’accéder à un contenu diffusé en direct donc peu regardant sur la qualité du site, pour s’en donner à cœur joie. Accès à leurs données personnelles (photos, données bancaires, etc.), vol d’identité, envoi de spams : tout y passe. Plutôt que de dresser l’intérêt des internautes contre celui des artistes/industries, peut-être devrait-on commencer par leur expliquer qu’en accédant à du contenu illégal en ligne, ils agissent bien souvent contre leur propre intérêt. De quoi rompre avec la polarisation stérile organisée par HADOPI, en plaçant tout le monde dans le même camp.

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