Les plages de la Méditerranée (dans le sud de la , en Espagne et en Italie) pourraient-elles être, cet été, la cible des djihadistes de l’État islamique, à l’occasion des coutumières et invasives migrations touristiques ?

Selon nos confrères du Corriere della Sera, eux-mêmes relayant une dépêche du quotidien allemand Bild (qui s’appuierait sur des sources des services de renseignement allemand et italien), la menace serait prise très au sérieux par les services secrets de certains pays européens moins d’un an après une attaque contre un hôtel tunisien de Port El-Kantaoui, près de la ville de Sousse.

Plus précisément, ces attaques seraient le fait de marchands ambulants prenant d’assaut l’épais tapis de touristes recouvrant les plages de la mare nostrum, en se faisant exploser au milieu d’eux. De quoi “créer une nouvelle dimension de la terreur de l’État islamique”, aurait déclaré au Bild, sous couvert de l’anonymat, un haut fonctionnaire allemand indiquant encore que “les plages sont difficiles à protéger”.

Bien plus, le Bild mentionnerait un rapport du chef de la police d’une ville sénégalaise (on ignore laquelle) expliquant “qu’en raison de leurs activités commerciales et pour leur réapprovisionnement en marchandises, des hommes font la navette de façon régulière entre l’Italie et l’. Et c’est tout à fait légal, puisqu’ils possèdent des papiers en règle et même des visas.”

On ne sera guère plus renseigné, d’autant que, d’après Le Soir de Bruxelles, les autorités italiennes se sont empressées de démentir les allégations du Bild.

Entre fantasme et psychose, notre cœur ne balancera pas, rejetant d’une même volée un marronnier journalistique destiné, d’abord et avant tout, à fidéliser un certain lectorat aussi avide de sensationnel qu’il en a subséquemment exhérédé tout sens critique.

D’une part, à supposer l’information fondée (elle doit l’être, nonobstant, dans une proportion qui reste à déterminer), elle n’oblitérera aucunement l’irrésistible instinct grégaire qui, chaque été, pousse, non moins inexorablement, ces immigrants temporaires à coloniser des zones pourtant écologiquement vulnérables (à cause des risques incendie et des innombrables pollutions qu’ils leur font encourir).

D’autre part, quel est l’intérêt de diffuser une telle « nouvelle », abondamment (complaisamment ?) relayée par des médias aussi irréfléchis qu’inconséquents, au risque patent de démobiliser les forces de sécurité et autres services de renseignement, comme celui d’attiser le fanatisme de l’ennemi ? Cette pratique s’apparente à de la désinformation pure et simple dans la mesure où elle paralyse toute capacité de réflexion et de prise de distance par rapport à une problématique générale (la lutte contre le terrorisme et les moyens employés pour ce faire) qui ne se réduit pas à un simple fait aussi fragilement avéré.

Enfin, l’on doit s’interroger sur l’absence de déontologie caractérisant certains médias dont le fonds de commerce consiste systématiquement à mettre en scène le réel, tant pour l’enrégimenter dans un prêt-à-penser idéologique que pour conserver, sinon conquérir, des parts de marché.

C’est ainsi que, selon une belle formule connue, “le mensonge et la crédulité s’accouplent et engendrent l’Opinion” (Paul Valéry, Œuvres I [posthume], La Pléiade, 1957).

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