Armées - Editoriaux - Histoire - Politique - Sport - Table - 10 mars 2015

Daech : une coproduction américano-israélo-saoudienne ?

C’est toujours la vieille histoire de Pierre et le Loup. À force d’invoquer un diable imaginaire, on finit par le faire venir tout en lui donnant corps. Ainsi, ce fameux « choc des civilisations », chimère issue des cerveaux américains et néo-conservateurs est-il en train de devenir réalité.

L’actualité, prévisible, du jour, c’est le ralliement de la secte afro-musulmane Boko Haram à une autre secte, Daech, soit l’État islamique. Voilà qui est intéressant, sachant que cet islam fondamentaliste de combat, c’est un peu comme le système Windows : une nouvelle version à chaque printemps (et pas qu’arabe…). Avant les attentats du 11 septembre 2001, les revendications d’Al-Qaïda étaient simples : à la faveur de la première guerre du Golfe, les Américains avaient installé des bases militaires en Arabie saoudite ; ce qui, pour les musulmans, équivalait à un camp retranché de l’armée algérienne en plein cœur du Vatican.

Après la ténébreuse affaire des Twin Towers, c’était déjà plus compliqué et les revendications devinrent floues, voire inexistantes. Que voulait véritablement Oussama ben Laden ? Personne ne le sait vraiment et il est un peu tard pour lui poser la question. D’où la perte de lisibilité des épigones arabes ou subsahariens d’Al-Qaïda et la montée en puissance de Daech, mouvement dont le projet politique est autrement plus pragmatique : rétablissement d’un califat islamique sur le modèle ottoman ; enfin, inspiré de l’idée qu’ils s’en font, ayant sûrement oublié la grande alliance conclue entre Soliman le Magnifique et François Ier… D’où, encore, le ralliement attendu d’autres groupes informels du type Boko Haram, sur fond d’allégeances tribales ou ethniques, sachant, pour reprendre l’heureuse expression du criminologue Xavier Raufer, que la réalité de ces bandes armées consiste le plus souvent à 10 % d’islamisme dissimulant 90 % de grand banditisme.

Le ralliement en question arrive encore à point nommé, sachant qu’il est la réponse logique au rapprochement américano-iranien dont il a souvent, et depuis longtemps, été fait état dans ces colonnes : en Irak, les troupes iraniennes travaillent en étroite et discrète connivence avec leurs homologues américaines. En Syrie, le Hezbollah chiite et libanais, sous forte influence de Téhéran, regagne chaque jour du terrain.

Dans le même temps, le général quatre étoiles Wesley Clark, ancien commandant en chef de l’OTAN, confirme que les alliés locaux des USA, soit Israël et l’Arabie saoudite, ont aidé financièrement et militairement Daech, juste histoire de contrer la montée en puissance du Hezbollah plus haut évoqué. Et ce même officier américain de déplorer que ce plan de « reformatage du Proche et Moyen-Orient » ait déjà été dans les tuyaux néo-conservateurs avant même les attentats du World Trade Center.

Ce que confirma par ailleurs, le 17 décembre dernier, devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, le général français Vincent Desportes, qui n’est pas non plus exactement un plaisantin. Et c’est à lui qu’on laissera le dernier mot à propos de Daech : « Quel est le docteur Frankenstein qui a créé ce monstre ? Affirmons-le clairement, parce que cela a des conséquences : ce sont les États-Unis. Par intérêt politique à court terme, d’autres acteurs – dont certains s’affichent en amis de l’Occident –, d’autres acteurs, donc, par complaisance ou par volonté délibérée, ont contribué à cette construction et à son renforcement. Mais les premiers responsables sont les États-Unis. »

Et pendant ce temps, à la hauteur des enjeux comme toujours, François Hollande reçoit JoeyStarr à l’Élysée, tandis que Manuel Valls part à la chasse au dahu mariniste. Et que le pauvre Barack Obama tente, vaille que vaille, de réparer les dingueries de l’infernal trio Rumsfeld/Cheney/Wolfowitz. Pas facile, pour un descendant de pyromane, de se faire passer pour pompier. Mais au moins, au contraire de notre Président à nom de fromage à pâte molle, Barack Obama tente-t-il de faire de la politique, même si cette dernière consiste actuellement à sauver les meubles d’une maison sciemment incendiée par ses prédécesseurs.

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