Editoriaux - International - Politique - 25 juillet 2015

Daech ? Pourquoi la Turquie entre dans la danse

Devant l’inexorable avancée de Daech en Syrie et en Irak, quelque chose de nouveau est manifestement en train de se passer en Turquie. Jusque-là, Ankara pouvait être légitimement accusé a maxima de double jeu, a minima d’une trouble neutralité quant à l’État islamique.

Ainsi, à Kobané, la puissante armée turque était restée l’arme au pied, alors que les Kurdes de Syrie, eux, justement, se défendaient pied à pied. Même si, sous la houlette du président Recep Tayyip Erdoğan, le gouvernement de l’AKP avait entamé un louable processus de régularisation avec les Kurdes du PKK, le compte n’y était pas. Ce qui a changé la donne ? Le récent attentat-suicide perpétré par Daech dans la ville de Suruç, causant la mort de trente-deux Turcs et en blessant plus de cent.

Daech s’est-il senti pousser des ailes ? Bref, ce mouvement qui pourtant savait jusqu’où ne pas aller trop loin avec la Turquie a manifestement franchi une sorte d’invisible ligne rouge. Résultat ? L’aviation turque a commencé à frapper des bases de l’État islamique en Syrie. Dans le même temps, ce gigantesque coup de filet à Istanbul et dans ses environs. Cinq mille policiers, appuyés par des hélicoptères de combat, ont arrêté 251 personnes, principalement des militants présumés de Daech, mais aussi nombre de leurs homologues du PKK. Parallèlement, Ankara permettait enfin aux avions de l’OTAN de se servir des bases aériennes turques pour s’en aller bombarder Daech.

Et, note finale de ce retournement de veste qui pourrait bien n’être pas sans conséquences, le quotidien Hürriyet annonce ainsi que « le gouvernement envisage aussi de déployer des dirigeables au-dessus des 900 kilomètres de sa frontière syrienne et de doubler celle-ci par un mur afin d’empêcher les mouvements des djihadistes ». En effet, c’est là qu’est le principal point de passage des apprentis djihadistes venus d’Europe et du reste du monde.

Pour autant, il n’est pas question pour Ankara que les jusqu’au-boutistes du PKK profitent de la situation. Et Ahmet Davutoğlu, le Premier ministre turc, de rappeler ces quatre priorités consistant à maintenir intégrité de l’Irak, à travailler avec le Kurdistan irakien, à assurer la sécurité de la minorité turkmène et à éviter les affrontements entre sunnites et chiites.

De son côté, l’Iran ne voit pas d’un mauvais œil le recadrage de l’actuelle politique turque, lequel a évidemment été rendu possible par le rapprochement irano-américain. Téhéran réintégré dans le jeu diplomatique, Ankara peut désormais se rapprocher de cette puissance musulmane majeure de la région ; l’une est sunnite et l’autre chiite. Mais elles ont ce point commun de n’être pas arabes. En attendant, c’est Riyad qui risque bien d’être à la peine, sachant que le double jeu de l’Arabie saoudite vis-à-vis de Daech est autrement plus retors que celui naguère mené par la Turquie.

Les amateurs de bonnes nouvelles ne pourront donc que se féliciter de ce revirement turc, fût-il tardif.

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