Daech en tremble encore

Les dernières nouvelles en provenance du Proche et du Moyen-Orient, notamment la prise de Ramadi (une bourgade de plus d’un million d’habitants) ou la chute de Palmyre, et d’une manière plus générale les succès spectaculaires, sur le terrain, de Daech et d’Al-Qaïda n’avaient pas échappé à la vigilance des dirigeants du monde occidental. Ce n’est pas parce que l’on gouverne qu’on ne lit pas les journaux. Alors que les djihadistes volent de victoire en victoire et qu’à l’évidence leurs prochains objectifs ne sont désormais rien de moins que Damas et Bagdad, l’objet de la conférence qui réunissait à Paris en ce début de semaine les représentants des vingt-deux États engagés dans la coalition contre l’État islamique et la secte des disciples d’Oussama ben Laden était évidemment d’organiser dans un délai raisonnable une riposte proportionnée à la foudroyante offensive des fous de Dieu.

Le gouvernement de Bachar el-Assad, aujourd’hui maillon faible de la résistance et, pour cela, cible privilégiée des islamistes, n’avait naturellement pas été invité à la conférence de Paris. C’est seulement après que la capitale syrienne sera tombée aux mains des assassins cagoulés de Daech que M. Hollande et M. Fabius reconnaîtront éventuellement l’erreur criminelle de diagnostic et de politique qu’ils partagent obstinément avec Bernard-Henri Lévy. De même étaient interdits d’entrée au club la Russie, sur liste noire comme on sait, et l’Iran, pays sans lesquels la Syrie et l’Irak seraient déjà tombés aux mains du calife al-Baghdadi. En revanche y siégeaient de droit les représentants de la Turquie, qui laisse passer, ou même fait passer combattants, armes et munitions à destination du Front Al-Nosra, de l’Armée de la conquête et donc de Daech. De même les monarchies sunnites qui ont déclaré officiellement la guerre à leurs coreligionnaires terroristes mais dont les vrais ennemis sont les chiites sous influence iranienne.

Nul n’ayant eu le mauvais goût de traiter au fond ce sujet qui n’est pourtant pas tout à fait dénué d’intérêt, les conversations ont donc pu commencer sans plus tarder et aboutir aux résultats que l’on ne sait pas.

Le Premier ministre irakien – l’État irakien n’existe plus, mais l’Irak a toujours un Premier ministre – a reproché à ses protecteurs occidentaux d’avoir laissé son armée affronter sans entraînement et sans équipement suffisant des combattants mieux armés et autrement aguerris. Ce n’est pas faux. Il s’est étonné que les États concernés soient incapables d’enrayer le flux croissant de volontaires qui viennent grossir les rangs djihadistes. Il n’avait pas tort. Les porte-parole des États-Unis et des puissances européennes ont répliqué que lui et les siens portaient la responsabilité du ralliement massif des sunnites irakiens au camp de l’État islamique et lui ont fait observer que, même dotés des matériels les plus modernes, ses soldats ont une fâcheuse tendance à fuir sans combattre et à les abandonner à leurs adversaires. Ce qui est parfaitement exact.

Tous les participants de la conférence semblant considérer 1) que l’hypothèse d’une victoire totale et proche de Daech ne cesse de gagner en vraisemblance dès lors que la coalition se borne à des bombardements sans efficacité militaire et n’engage pas de troupes au sol, 2) que dans ces conditions le régime syrien, puis le régime irakien, sont menacés d’un effondrement à court terme, il a donc été décidé que la coalition n’engagerait pas de troupes au sol et qu’elle se désintéresserait du sort de Bachar el-Assad et du Premier ministre irakien, qui devrait donc quitter la scène internationale avant qu’on ait eu le temps d’y retenir son nom. Forte de cet accord unanime, la conférence a pris fin non sans que ses participants aient pris l’engagement de se revoir à l’occasion en un lieu et à une date qu’il conviendra de préciser ultérieurement.

Daech en tremble encore.

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