Editoriaux - Histoire - Politique - 8 juillet 2015

Daech ou la revanche de l’Histoire ?

En Libye comme en Syrie, les gouvernements sarko-hollandais nous ont longtemps vendu le concept local d’opposition laïque, un peu comme lorsque le défunt Sacha Distel nous chantait naguère les scoubidous. On a même vu BHL au Festival de Cannes, sur la Croisette, poser avec deux combattants “démocrates”, lesquels arboraient des lunettes noires manifestement empruntées aux Blues Brothers.

Quelques années après, les autorités françaises auraient-elles repris leurs esprits ? Rien n’est moins sûr. La preuve par les affrontements d’Alep, ville syrienne toute proche de la frontière libanaise et bastion historique du régime de la dynastie el-Assad. Là, deux mouvements, Ansar al-Charia et Fateh Halab, pas précisément « démocrates », ont fait la jonction pour attaquer ce fief loyaliste. Officiellement, ces deux factions ne sont pas liées à Daech. Mais le Quai d’Orsay fait comme si, continuant à jouer la même ritournelle, comme un 78 tours rayé, persistant à penser que l’islamisme de combat n’est que simple péripétie de l’Histoire tout en s’appuyant sur ce nationalisme laïc arabe – qu’il n’a eu de cesse de combattre dans le même temps, ce qui est tout de même un comble -, tout en espérant que les droits de l’homme et les USA feront le reste.

Double erreur. Le renouveau islamique, dans sa version posée (les régimes iranien ou turc) ou dans son aspect barbe mal peignée (Daech), sont là pour durer ; en tout cas un peu plus que le régime saoudien, horde de pingouins corrompus directement tombés du palmier dans le 4×4 et, par ailleurs, premiers financiers de ce Daech que nous faisons mine de combattre. Quant au nationalisme laïc arabe, il ne s’agit finalement que d’une parenthèse de l’Histoire ; un peu comme le communisme russe : 70 ans de bolchevisme au compteur, c’est peu, comparé aux siècles de sainte Russie. Le parti Baas, dont le programme fut écrit par un chrétien, Michel Aflak, n’était aussi que nuage d’été, ne cachant que momentanément le soleil. C’était surtout la délivrance de la tutelle ottomane, la résistance à l’occupation occidentale, la mode à ce socialisme national ayant alors le vent en poupe. Bref, un épiphénomène dont ne restent que les films du regretté Youssef Chahine, islamo-marxiste, grand buveur et gros fumeur, dinosaure ossifié de son vivant, et objet vintage malgré lui.

Les actuels dirigeants de notre diplomatie semblent tout ignorer de cela, estimant que la « bonne gouvernance » est une politique à elle seule et ignorant, au passage, que l’Histoire, tragique par essence, se rit de leurs constructions morales tant qu’intellectuelles. À ce titre, l’émergence de Daech est plus qu’instructive, puisque nous ramenant à l’Histoire, celle avec un grand « H ». Histoire des califats et des royaumes francs de jadis, et ce n’est pas pour rien que la première action d’éclat de Daech fut de pulvériser, à grands coups de bulldozers, la frontière franco-anglaise de messieurs Sykes et Picot, millésime 1916.

Un nouveau monde arrive. Et ce n’est pas en étant Charlie que ceux qui font mine de nous gouverner seront les plus à même de l’appréhender.

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