Pauvre François Hollande qui ne peut prononcer un discours sans se prendre les pieds dans le tapis volant ! Avec son ami Fabius, il a pris la décision de ne plus désigner l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) – rebaptisé en juin dernier État islamique (EI) – du nom que celui-ci s’est attribué, mais « Daech ». Et comme notre Président enquille les lapsus dès qu’il ouvre la bouche, il a encore fait ricaner ses petits amis lors de la conférence internationale sur l’Irak, lundi dernier, en disant « Dache ». Une fois de plus, c’est son inconscient qui a parlé, car « aller à Dache », c’est aller… au Diable !

De toute façon, Daech ou Dache, quelle importance puisque « le Daech », comme ils disent, n’est que l’acronyme arabe pour « État islamique en Irak et au Levant ». Autrement dit, on nous prend pour des débiles.

En ce domaine comme en tout autre, les mots du gouvernement français sont ceux de la pudibonderie et surtout du mensonge, ce ver qui nous ronge. L’État islamique n’est pas un État, c’est exact. C’est un coup d’État permanent, une enclave barbare, un royaume de l’ignorance crasse et de l’abjection humaine au temps de l’Internet. Qui n’a pas plus à voir avec l’islam que le massacre de la Saint-Barthélemy eut à voir avec le christianisme, mais tout avec le fric et le pouvoir. S’il faut vraiment mettre un nom sur la noirceur de l’âme humaine, alors oui, c’est le règne du Diable.

De même, pour nous épargner sans doute, on nous parle avec précaution de « l’assassinat » des Américains James Foley et Steven Sotloff, puis du Britannique David Haines. Ce n’est pas un assassinat, c’est une exécution. C’est leur appartenance au monde occidental qui leur vaut condamnation. Une exécution dont on veut taire la portée symbolique en la planquant, là encore, sous les mots de la pudibonderie et du mensonge.

On dit ces malheureux « décapités ». Un mot propre. Net. Tranchant comme la guillotine qui parle à nos mémoires. Un mot au scalpel qui sentirait presque l’eau de Javel sur le carrelage blanc des salles d’autopsie. La est ailleurs : James Foley, Steven Sotloff et David Haines ont d’abord été égorgés, salement, au couteau, comme des animaux. À genoux, les mains attachées dans le dos, en combinaison orange comme à Guantánamo. Exécutés dans la souffrance et sans doute dans les cris. Cette barbarie accomplie, on les a en effet décapités, puis on a posé leur tête sur leur corps dans une mise en scène destinée à affoler le monde. Pourquoi taire cette -là ?

Comme le dit le criminologue Patrick Morvan (1), le choix de l’égorgement au couteau ne doit d’ailleurs rien au hasard : « Dans une société acclimatée à la violence par arme à feu, au cinéma et à la télé, l’EI devait se démarquer et gravir un degré supplémentaire dans l’horreur. » Cette barbarie sanglante « est une opération de communication ».

D’où cette question : est-ce un service à nous rendre que de taire la vérité, aussi monstrueuse soit-elle ? Est-ce un service à nous rendre que de toujours vouloir nous bercer de mots ? Les Américains qui font la guerre au monde n’ont jamais vu, sur leurs télés, d’autres morts que ceux qu’ils font depuis le ciel. Les leurs rentrent bien emballés, dans des cercueils plombés recouverts du drapeau. C’est la guerre propre qui ne salit rien d’autre que le mouchoir où l’on pleure.

Dans notre monde ultra-aseptisé que le contact répugne, les fous d’Allah nous disent qu’ils ne craignent pas, eux, le corps à corps.

(1) Marianne du 8 septembre 2014

À lire aussi

La Guerre des viandes, saison 2 : les plats végétariens vont devoir changer de nom

C’est la guerre entre les végans et les carnivores. …