Editoriaux - Histoire - International - Internet - 24 septembre 2015

Daech : les déçus de la révolution islamique

La montée en puissance de Daech en Irak et en Syrie masque deux illusions. La première consiste à penser qu’il s’agit d’une croisade à l’envers, avec Orient musulman parti à la conquête de l’Occident chrétien, ambiance choc des civilisations. Il ne fallait pourtant pas être grand clerc pour deviner que nous n’avions affaire qu’à une guerre civile religieuse entre sunnites et chiites, interne au monde arabo-musulman.

La fin de la seconde illusion, même si l’on s’en doutait un peu déjà, c’est celle de ces djihadistes venus du monde entier, peut-être histoire de donner sens à une vie n’en ayant guère. Voilà qui rappelle un peu d’autres désillusions, celles de brigadistes partis rejoindre les rangs républicains durant la guerre d’Espagne, persuadés de lutter contre le fascisme et pour la démocratie, avant de se rendre compte que la soldatesque communiste sous influence stalinienne consacrait plus d’énergie à massacrer anarchistes et trotskistes qu’a casser du franquiste ou du carliste…

Ainsi, à en croire l’ICSR (Centre international pour l’étude de la radicalisation), les désertions de ces djihadistes se compteraient désormais par centaines. Cinquante-huit de ces derniers ont tenu à témoigner. Cinquante-huit, c’est peu, mais on imagine volontiers que, de retour au bercail, les brebis égarées tiennent à se faire discrètes.

Il n’empêche que tous ces témoignages convergent sur au moins quatre points majeurs.

– Ils ne comprennent pas qu’au lieu de lutter contre l’ennemi prioritaire (les laïcs chiites de l’armée de Bachar el-Assad), les troupes de Daech focalisent leur énergie sur les groupes rebelles sunnites concurrents, Armée syrienne libre et Jabhat al-Nosra, la branche armée d’Al-Qaïda en Syrie. Assez logique ; voir l’exemple espagnol évoqué ci-avant.

– S’ils ne condamnent pas le sort fait aux musulmans chiites, ils ne comprennent pas non plus les brutalités dont leurs frères sunnites sont quotidiennement l’objet, au motif qu’ils ne seraient pas assez musulmans. Bref, qu’ils ne soient pas des wahhabites sous influence saoudienne…

– Le racisme se nichant à tous les étages, les djihadistes européens finissent par se rendre compte qu’ils sont privilégiés par rapport à leurs homologues locaux, d’où tensions et conflits permanents avec ces derniers. Pis : tant que Daech se cantonnait à l’utopie de la conquête, il pouvait faire rêver. Maintenant qu’il est aux affaires dans un large territoire, il lui faut bien gérer les affaires courantes, avec toute la corruption endémique et les abus de pouvoir y afférents. La révolution a toujours des airs de gueule de bois, même si cuite prise au thé à la menthe.

– Le dernier motif de désertion est finalement le plus croquignolet, s’agissant des conditions de vie. En effet, le djihadiste européen, même dans sa cité, n’est pas habitué à vivre avec une heure d’électricité par jour et sans connexion Internet. Et puis, les produits et biens de base : la Syrie doit être le seul pays au monde où il n’y ait pas d’épicier arabe au coin de la rue, ouvert jour et nuit…

On ajoutera à ces griefs ceux voulant que les uns se plaignent d’être pris pour chair à canon, tandis que les autres se lamentent d’être éloignés du front, là où ils auraient pu affronter la mort et conquérir la gloire.

Décidément, la révolution est mauvaise mère, fille de pute n’engendrant généralement que des aigris, des ingrats et, surtout, des cocus. Les soldats perdus de Daech ne font pas exception à la règle.

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