Incroyable : lorsque Dominique Baudis a été auditionné jeudi dernier devant la commission des Lois de l' au sujet du projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples homosexuels, il a émis des réserves, parlé de « nombreuses incertitudes juridiques préjudiciables » à « tous les enfants ».

Sur le coup, sans rire, je n’en revenais pas. Dominique Baudis était donc capable d’émettre un avis. Un avis contre l’air du temps, un avis risquant d’attirer des embrouilles.

Car, soyons clair, Dominique Baudis est un nom qui a bercé mon enfance, comme ou Linda de Suza, mais quant à savoir ce qu’il avait pu faire de marquant… Platini (le ballon rond), je savais ; Linda (la valise en carton), je savais ; mais lui, non, rien, vraiment.

Le temps a passé, Baudis est resté. Je sais à présent que c’est un homme du centre droit, donc pondéré, bien élevé, propre sur lui, doté d’une élocution claire, et profondément ennuyeux. Je sais que, lorsqu’il est interrogé à la radio, je tourne immédiatement le bouton pour trouver Rires et chansons (quitte à perdre mon temps, autant rigoler un peu).

Et puis, aujourd’hui, je sais qu’il tient là, avec cette loi, l’occasion de poser une fois dans sa vie un acte courageux.

Alors Dominique, fonce, c’est ta chance. Pour une fois que tu es sorti du bois. Attention, prudemment, à la façon Baudis, en tâtant le terrain du bout du pied pour voir s’il n’est pas trop glissant. Mais quand même, avec toutes les précautions oratoires, les circonlocutions, les préambules possibles, tu l’as quand même dit : cette loi, tu ne la sens pas. Tu vois bien que l’intérêt des enfants là-dedans, certains s’en battent les cuisses comme de leur premier sex toy. Et toi, cela te chiffonne. Peut-être parce que, sous le matelas de prudence madrée et compassée, il y a au fond de tes tripes quelque chose de sincère quand il s’agit des enfants. Quelque chose que l’on avait déjà entrevu quand tu étais président du CSA et que tu étais monté au créneau contre le porno à la télé... avant de faire machine arrière.

Alors, c’est le moment. Montre-nous que tu n’es pas de l’espèce des couards.

Tu l’as entendu, Pierre Bergé, parler des femmes enceintes comme de nouvelles masses prolétaires et de leur utérus comme d’une usine Arcelor Mittal qui, elle, serait rentable ? Et ces enfants qui défilaient dimanche, tu les as vus ? La photo de ce gamin aux airs de Petit Prince avec sa pancarte obscène au-dessus de la tête et ces quadras hilares autour de lui, tu l’as regardée ? Un Petit Prince qui doit demander « S’il te plaît, dessine-moi une maman » car, lui, il ne doit pas trop savoir à quoi ça ressemble. Un Petit Prince qui, de toute évidence, bénéficie d’une enfance drôlement douce, innocente, et protégée… Tu comprends bien que tout le reste — l’accès à la cantine, l’aménagement des horaires d’école et j’en passe — te paraîtra ensuite bien dérisoire si tu les laisses s’enfoncer dans ce grand foutoir sans leur tendre la main.

Alors viens. Viens le 13 janvier, avec ta fonction de défenseur des droits en bandoulière. Et plus aucun enfant ne pourra dire comme je l’ai fait : ben au fait, Baudis, il a fait quoi de marquant dans sa vie ?

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19 décembre 2012

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