Dans un entretien au Financial Times, publié le jeudi 16 avril, met en cause la gestion de la crise par Pékin. Il n’est pas loin, comme le Royaume-Uni ou l’administration de , de laisser entendre que le coronavirus aurait pu s’échapper d’un laboratoire de Wuhan. « Il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas », déclare-t-il, rejetant toute « espèce de naïveté qui consiste à dire que cela a été beaucoup mieux géré [en Chine] ». Il soutient également que « dans les démocraties, qui garantissent la liberté d’information et d’expression, la gestion de la crise était transparente et faisait l’objet de débats, contrairement aux régimes où l’information et l’expression sont contrôlées ». Vraiment ?

Tout laisse à penser que notre Président a une idée derrière la tête, quand il accorde cet entretien au quotidien britannique, d’autant que son entourage en a aussitôt rajouté une couche, précisant que « la transparence, la circulation libre de l’information sont au contraire un atout considérable pour être plus efficaces ». Emmanuel Macron voudrait montrer qu’il se comporte mieux que les autres qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Car, objectivement, il y aurait beaucoup à dire sur sa gestion de la crise et sur la transparence de l’information.

À moins que l’exposé quotidien de Jérôme Salomon, qui nous assomme de chiffres, soit un modèle de transparence. On attend toujours des explications sur la pénurie de masques, de tests, de matériel de protection, même pour les plus exposés, qui explique, en grande partie, les mesures prises pour lutter contre le coronavirus. Faut-il rappeler qu’Agnès Buzyn déclarait, avant de quitter le gouvernement, qu’ « aujourd’hui, il n’y a aucune indication à acheter des masques pour la population française », ajoutant que « nous avons des dizaines de millions de masques en stock en cas d’épidémie » ? Son successeur a longtemps chanté le même refrain, annonçant tous les jours que les masques allaient arriver.

Régulièrement, la gestion de la crise s’est faite avec un temps de retard. Le 11 mars, l’inénarrable Sibeth Ndiaye justifiait la stratégie française, estimant que « l’Italie a pris des mesures qui n’ont pas permis d’enrayer l’épidémie ». Pas étonnant de la part d’une porte-parole qui avait confié à L’Express « [assumer] de mentir pour protéger le président de la République » avant de préciser, devant le tollé soulevé, qu’elle ne le faisait que pour protéger la vie privée du chef de l’État. Quoi qu’il en soit, elle n’est pas fiable et un même soupçon plane, à divers degrés, sur les déclarations gouvernementales.

Parler de transparence et d’efficacité, quand les actes prouvent le contraire, n’incite guère à faire confiance à Emmanuel Macron. Il cherche à préparer l’avenir qui, pour lui, se confond avec la préservation de son propre avenir. Le bruit court que l’après-crise pourrait ouvrir sur la constitution d’un gouvernement d’union nationale, avec des élus venus de droite et de gauche. Pour le moment, cette hypothèse n’enthousiasme pas les oppositions qui craignent, non sans raison, que Macron n’utilise ce moyen comme une rampe de lancement pour la prochaine présidentielle.

« Sachons nous réinventer, moi le premier », a-t-il lancé, à la fin de son allocution, lundi dernier. Il est prêt à tout pour se succéder à lui-même, dût-il se renier sur quelques points secondaires, mais jamais sur l’essentiel. Toute sa communication va dans ce sens. Il faut espérer que les Français ne se laisseront pas duper par ce joueur de pipeau qui veut entraîner les Français vers un destin dont ils ne veulent pas.

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