Il est urgent d’ouvrir des camps pour l’accueil des migrants et des candidats à l’asile politique qui débarquent chaque jour sur les côtes de l’Europe méridionale. Oui, je suis bien conscient que les horreurs de la Seconde Guerre mondiale ont donné au mot « camp » une terrible connotation. Le mot « camp », dans le subconscient européen, renvoie immédiatement aux camps de la mort nazis. En France, l’idée de camps rappelle le souvenir de ceux utilisés par Vichy pour le regroupement des malheureux que le Reich considérait comme ennemis : communistes, Allemands antinazis, Juifs ou autres. Nombre d’entre eux furent ensuite livrés à l’occupant. Les camps évoquent un souvenir plus récent : celui du sort réservé aux supplétifs musulmans de l’armée française d’Algérie et qui, en 1962, plutôt que d’être massacrés par le FLN comme tant de leurs collègues, choisirent de gagner ce qu’ils considéraient comme leur mère patrie – la France. Ces gens et leurs familles furent parqués dans des camps aux conditions de vie indignes durant de trop longues années. Pour ma part, le mot « camp » me rappelle les camps de réfugiés où j’ai travaillé, en Thaïlande, au Malawi, en Ouganda, au Tchad ou ailleurs.

Un camp n’est jamais un endroit idéal, surtout lorsqu’il s’agit de camps fermés, parfois entourés de barbelés. Cependant, ils peuvent aussi être des lieux où les résidents sont pris en charge de manière humaine et où ils vivent parfois mieux que dans leurs pays d’origine : ils sont nourris, logés, soignés et leurs enfants peuvent aller à l’école, le tout gratuitement.

L’actuelle « crise des migrants » a apporté la preuve que le système en vigueur est un échec. Rien n’empêche les migrants, une fois débarqués illégalement sur les côtes d’Europe du Sud, de poursuivre leur chemin vers le nord. Ce qui, immanquablement, cause des crises humanitaires, que ce soit dans les zones frontalières, dans les jardins publics parisiens ou dans des camps insalubres illégaux créés par les migrants eux-mêmes, à Calais ou ailleurs. Ces situations provoquent des drames humains intolérables, comme la mort de migrants tentant de s’introduire dans le tunnel sous la Manche. Elles sont aussi la source de tensions diplomatiques inutiles entre pays voisins : France et Italie, France et Royaume-Uni.

Oui, il faut des camps fermés en Italie et en Grèce (voire même en France !) où les primo-arrivants seraient contraints de séjourner jusqu’à une prise de décision par les autorités compétentes : octroi du statut de réfugié dans l’un des 28 pays de l’Union européenne, obtention d’un permis de séjour comme travailleur immigré ou comme étudiant dans l’un de ces 28 pays ou retour planifié et organisé vers le pays d’origine, en collaboration et en accord avec les autorités dudit pays, pour ceux qui ne tomberaient pas dans les deux premières catégories. Il est évident que, dans les circonstances actuelles, un retour vers la Libye ou la Syrie devrait être exclu. Ces camps devraient répondre aux conditions prescrites par les conventions internationales et être ouverts à l’action du CICR, du HCR, de l’OIM et des ONG.

Durant leur séjour dans ces camps, les migrants seraient pris en charge médicalement et des formations devraient leur être offertes, lesquelles pourraient faciliter leur réinsertion dans les pays d’origine. Les camps devraient être à la charge de l’Union européenne.

La création de ces camps aurait un effet dissuasif sur les migrants potentiels : sachant qu’ils ne pourraient plus se déplacer librement pour tenter de gagner le pays de leurs fantasmes (Royaume-Uni ou autre), beaucoup hésiteraient à prendre des risques insensés pour s’embarquer depuis les rivages turcs ou libyens. Le refus d’envisager la création de tels camps ne pourra que générer des problèmes chaque jour plus graves : augmentation du nombre de morts à Calais et ailleurs, apparition de maladies dues à l’insalubrité et à la promiscuité (tuberculose et autres), multiplication des problèmes sécuritaires entre migrants de différentes origines et entre migrants et populations locales, risque d’infiltration d’agents dormants de l’État islamique.

L’heure ne devrait plus être aux tergiversations, mais plutôt aux décisions courageuses. Il y a urgence !

5 août 2015

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