Editoriaux - 4 juin 2016

Courez voir l’exposition “Albert Marquet” !

Dans un récent article lui étant consacré dans un quotidien national, à l’occasion de l’exposition de ses œuvres au Musée d’art moderne de la ville de Paris (jusqu’au 21 août), le peintre Albert Marquet (1875-1947) s’est vu attribuer le sobriquet de « petit maître du XXe siècle ».

L’art est un domaine aussi vaste que passionnant, celui de tous les possibles, même, y compris hilarants. Pour preuve le récent gag orchestré par un malicieux farceur, lequel, posant insidieusement à terre sa paire de lunettes dans le cadre d’une exposition, la vit bientôt admirée et photographiée au même titre que le reste des « œuvres » présentes… Si, dans « conceptuel », il y a « con », rien ne résume mieux ici un certain esprit de notre temps.

Duchamp, que tout ce que le monde compte de « conceptuels » imite encore de nos jours, y allait de sa pissotière dès 1917 (bientôt le centenaire !) et si sa démarche constitue l’un des « fondements » de l’art « moderne », un lien de cause à effet doit bien se tapir quelque part entre le sens propre du mot (fondement) et celui de « merde » contemporaine, sauf notre respect pour les « dames-pipi » et Duchamp, que nous ne voulons attaquer ici. Le qualificatif sied d’autant moins, me semble-t-il, à Albert Marquet qu’il se foutait probablement comme de l’an quarante du statut de « maître », petit ou grand. C’est du moins ce que son art semble refléter : d’évidence, la préoccupation première de notre Albert était de restituer la beauté des quais de Seine parisiens sous la neige, selon sa gamme de gris propres.

Depuis Léonard de Vinci à peu près, je suis d’avis d’élargir son domaine (la peinture) comme Art du Visuel englobant les trois dimensions et jusqu’à un certain point, le mouvement. Léonard de Vinci eût filmé. Il a sculpté. Giotto a dessiné des plans d’architecture. La peinture, c’est une machine à remonter le temps. Altamira (ensemble pictural de la fin du paléolithique supérieur situé dans une grotte en Espagne) est plus moderne que Nicolas de Staël, mais qu’est-ce que ça peut faire ? Mais de Staël vaut sûrement mieux que… je ne sais plus quel abstrait du début du siècle plus en avance que lui. En peinture, il est moins important d’être le premier, plus important d’être le meilleur en qualité. Guernica est beau dans le style des chapiteaux romans. La peinture « d’avant-garde » n’est pas due à des peintres. Leur qualité d’avant-garde passe forcément très vite au gré des écrivains qui la suscitent. On a découvert Georges de La Tour avec 300 ans de retard et il a eu beaucoup de succès. Cela n’enlève rien à Yves Klein, que l’on découvrira peut-être un jour de nouveau s’il le mérite. Mais Georges de La Tour me semble infiniment plus abstrait qu’Yves Klein, lequel est d’une autre époque que Vasarely, lequel est assez proche, par certains côtés, de Vermeer de Delft, que je n’aime pas tellement. »

(Yves de Saint-Front, lettre à un ami, extrait).

En résumé, courez voir l’exposition d’une centaine d’œuvres de ce très grand peintre.

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