Drôle de campagne, tragiquement interrompue par les attentats du 13 novembre avant d’être polluée par la mise en Seine du grand show écologiste de la COP 21, au motif que la planète ne pouvait pas attendre. Drôles d’élections, placées sous le signe invisible et omniprésent de la peur. La peur qui vide les cafés, les restaurants, les hôtels, les salles de spectacles, les grands magasins, qui sème la pagaille dans les transports en commun et met en grève les conducteurs de métro et de RER, qui rôde sur les marchés de Noël, qui hante les gares et les aéroports, qui mobilise les patrouilles militaires, monopolise policiers et gendarmes, mutliplie les vigiles, encombre le petit écran de spécialistes et d’experts, fait annuler les meetings, réduit les illuminations, gâche les préparatifs de fêtes, nourrit les cauchemars, occupe les psychiatres, enrichit les laboratoires et les pharmaciens, contamine Bruxelles et Genève.

Peur du terrorisme, mais aussi peur de l’étranger, peur de l’autre, peur du déclassement, peur du grand remplacement, peur de la paupérisation, peur du chômage, peur du métissage, peur de voir l’indépendance de la France se diluer dans le marécage européen, peur de voir l’identité française se diluer dans l’afflux des migrants, peur de voir la cohésion nationale se fracasser sur des querelles fratricides, peur de la guerre. Peur bleue et même bleu marine, qu’attisent et qu’exploitent sans vergogne les deux grandes formations d’opposition.

Dans cette conjoncture, le président de la République tient à merveille le rôle en or du père protecteur et se met habilement en retrait, bien au-dessus de péripéties subalternes du moment, lui qui n’a su ni prévenir ni guérir les mille maux dont souffre notre pays. On ne saurait en dire autant de médias qui, à l’unisson, aboient en meute et hurlent à la mort devant le déferlement d’une vague qu’ils s’obstinent, contre l’évidence, contre la réalité, à voir de couleur brune. On ne saurait en dire autant du président de l’Assemblée nationale qui a quitté son fauteuil d’arbitre pour se lancer dans la mêlée. On ne saurait en dire autant d’un Premier ministre qui sort de sa manche une carte que l’on croyait trop usée pour être encore jouée. En dépit et au mépris de ses responsabilités de chef du gouvernement, Manuel Valls, bien loin de concourir à l’apaisement et de calmer le jeu, renchérit sur les outrances démagogiques du parrain de la Seine-Saint-Denis et quatrième personnage de l’Etat, jette des tonnes d’huile sur le feu et prophétise, si ses camarades de parti et leurs nouveaux compagnons de déroute du Nord et de la Côte d’Azur sont battus, l’explosion de « la guerre civile ». Rien de moins. La guerre civile !

Treize ans après la triomphale réélection, avec plus de 80 % des votants, du « Supermenteur » qui n’avait obtenu que 20 % des voix au premier tour, on nous refait le coup de 2002. Panique générale. La grande mascarade est de nouveau au programme, et la grande mystification, au nom d’une République que le processus régulier d’une consultation démocratique mettrait en danger. C’est avril en décembre.

Et ça marche encore ? C’est ce que nous verrons ce soir. Mais il semble bien que oui. Une fois de plus, la brutalité de notre système électoral ayant privé une grande partie des électeurs de la possibilité de voter au second tour pour les listes qui avaient leur préférence, ils ne peuvent plus que se reporter sur des candidats dont ils détestent les programmes, les idées et parfois même la personne. Des dizaines de milliers d’abstentionnistes du 6 décembre ont assiégé cette semaine commissariats et tribunaux pour y faire légaliser les procurations qui permettraient à leurs mandataires de faire barrage le 13 à la bête immonde qui, au premier tour, a recueilli un tiers des suffrages exprimés. Des centaines de milliers d’électeurs de gauche s’apprêtent, le cœur au bord des lèvres, à voter pour des candidats de droite qui, élus ce dimanche, s’assoiront dès lundi sur leurs sièges et leurs promesses. Ils auront tout loisir, pendant cinq ans, de regretter leur erreur. Quant au président de la République, il se prévaudra, n’en doutons pas, du sacrifice héroïque qu’il a imposés aux siens pour demander en mai 2017 à la droite « républicaine » de lui renvoyer la salade, je veux dire l’ascenseur.

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12 décembre 2015

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