Coup de gueule contre le cirque électoral

Le cirque électoral est distrayant, le bal des traîtres amuse plus qu’il ne scandalise et celui des ralliements ne nous fait pas d’autres effets. Principalement parce qu’on ne croit plus ni en l’intégrité des politiques ni en leur capacité à se hausser au niveau de quelques prédécesseurs historiques. Alors, nous regardons leurs déboires comme on suit une émission de télé-réalité. Quoique conscients du caractère superficiel de la mascarade médiatico-électorale, nous prévoyons tout de même, en allant voter, de lui offrir l’onction dont elle a besoin pour continuer sa besogne.
 
À trop se contenter de voir dans les politiciens une fine époque de marionnettistes, nous avons oublié notre qualité conséquente de marionnettes.
 
François Fillon, même lorsqu’il était au pire moment de ses embrouilles, a refusé de se retirer. On comprend bien pourquoi : il sait que les tempêtes médiatiques sont passagères et que les colères qu’elles provoquent, indexées au temps médiatique en mouvement, sont éphémères. Il n’avait qu’à serrer les fesses quelques semaines, le temps que tout se tasse. Et, effectivement, les choses se tassent : les médias ont relâché la bride depuis quelque temps. Fillon, qui n’a pourtant pas changé de défense ni de discours, semble redevenir un candidat défendable aux yeux d’une partie des moutons de France qui voulaient sa tête hier encore.


C’est-à-dire que François Fillon a parfaitement conscience du caractère aléatoire de la foule, à qui l’on peut bien faire suivre n’importe quelle carotte ou abandonner n’importe quelle marotte en agitant simplement le chiffon un coup ici et un coup là. Pourtant, il cherche le vote de ces gens, de ce troupeau d’ânes sans plus aucun soubassement moral ni intellectuel, attroupement dont tout l’engagement politique n’est plus qu’une réaction circonstanciée et épidermique aux événements médiatiques. Je n’apprends rien à personne en disant que l’électeur moyen est une truffe manipulable que l’on convoque régulièrement à des scrutins auxquels il n’entend rien et à qui on fait croire (pour le flatter) que, par son vote, il va peser sur le destin du pays. Ce que je ne supporte pas/plus, c’est l’hypocrisie des candidats – tous les candidats – qui feignent de donner aux humeurs électorales une prétendue dimension historique et mystique. Alors que tous n’ont qu’une idée en tête, qui est un calcul de chimiste : capter, à un instant t, en fonction des humeurs du moment, un nombre suffisant d’électeurs le jour J. En sachant, donc, exactement que cette proportion d’électeurs dont dépend la victoire est mouvante au point de changer l’issue d’un scrutin selon qu’il se tient ce dimanche ou le dimanche prochain.


Avoir compris les rouages de ce cirque interdit à l’homme honnête d’y prendre part. Et pourtant, nous votons, massivement en général, comme nous continuons de manger des produits industriels dont on connaît la nocivité. L’homme moderne est probablement le premier de l’Histoire à prendre aussi souvent, et en connaissance de cause, les pires décisions pour lui-même. Les bourreaux n’ont plus besoin de le conduire par la force sur les lieux du supplice qui l’attend ; il s’y rend de lui-même, rigolard, et sans convocation.

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