Il faut le dire : à côté de certains Roms, les Thénardier jouaient petit bras.

Et pourtant, « c’étaient de ces natures naines », nous dit Victor Hugo. « Il y avait dans la femme le fond d’une brute et dans l’homme l’étoffe d’un gueux », tous deux « des âmes écrevisses reculant continuellement vers les ténèbres, rétrogradant dans la vie plutôt qu’elles n’y avancent, employant l’expérience à augmenter leur difformité, empirant sans cesse, et s’empreignant de plus en plus d’une noirceur croissante. »

Notre époque, ayant viré au rouge comme la carapace d’un crustacé après cuisson, ne reconnaît plus la noirceur des âmes écrevisses. Elle leur trouve généralement mille excuses, les pare d’un doux fumet de court-bouillon assaisonné de rousseauisme. Bref, elle les humanise. L’homme est bon, dit le postmoderne – sauf s’il vote de travers, mais c’est une autre histoire –, et dans l’homme, la femme est encore meilleure. Surtout si elle est mère. (Souvenons nous : pour avoir dit que l’instinct maternel n’étais pas si inné ni si bien partagé qu’on le prétend, madame Badinter s’était attiré les foudres des bien-pensants de tous bords.)

Les Roms donc. Ceux qui arpentent les rues et le métro de tout particulièrement. Pour avoir utilisé de la main-d’œuvre à pas cher sur le boulevard Barbès, Borijove et Mariana viennent ainsi d’écoper de 8 mois de prison – ferme pour lui, avec sursis pour elle. Une première.

Pendant que la mère était occupée à geindre en se traînant le cul par terre, ses jumeaux Francesca et Anthony, âgés de 3 ans, faisaient la manche. En plein mois de décembre et de janvier, vêtus seulement d’un bas de jogging plein d’urine et d’un pull plein de morve. Quand ça pinçait un peu trop, Mariana leur laissait un bout de couverture. Un bout pour deux, hein, aurait pas fallu qu’ils prennent des habitudes de confort !

Des grincheux qui passaient par là ont prévenu la mairie, prévenu la , prévenu les services sociaux… Incroyable ! Non mais, de quoi j’me mêle ?

Ah oui, j’oubliais : Borijove, 54 ans, est français. Avec son épouse aimante et bonne mère, ils habitent non pas une cabane sous l’autoroute mais un pavillon de banlieue. À Bondy (93). Il paraît, a dit la , que la y vit sur « un monticule de détritus ». Car il y a deux autres enfants posés là comme des poules sur le tas de fumier. Ils ont 6 et 10 ans. Le grand va à l’école. (De quoi parle-t-on déjà : d’égalité des chances ?) L’autre est sûrement lui aussi en attente du trottoir : trop vieux pour faire la manche, encore un peu jeune pour la

Mariana (38 ans) ne voit pas ce qu’on peut lui reprocher. Elle « considère l’hygiène de ses enfants comme normale et assure qu’ils prennent une douche tous les jours ». Reste à savoir une douche de quoi. Borijove, lui, crie au complot. Un peu comme le papa de Leonarda.

On ne le dira jamais assez : voilà de bons Français qu’on est bien heureux d’accueillir chez soi.

27 mars 2014

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