Il y a un an, le 10 décembre 2017, le résultat des élections territoriales de Corse suscitait un émoi certain chez tous les tenants maladifs d’un jacobinisme exsangue et fatigué. Les nationalistes triomphaient et obtenaient 56,5 % des voix sur l’île de Beauté.

Si la panique qui s’était emparée des rédactions parisiennes, inquiètes à l’idée de devoir demander un passeport pour leurs prochaines vacances en Corse, est retombée, incriminer un an plus tard le choix des Corses serait une profonde erreur.

D’ailleurs, remarquons bien que les auteurs de ce faux procès, parmi lesquels règnent tous les apparatchiks des vieux partis politiques, sont ceux-là mêmes qui, malgré eux, sont à l’origine de ce succès nationaliste. La seule question qui vaille est donc la suivante : comment se fait-il qu’en l’espace de quelques années, le nationalisme corse ait triomphé électoralement ?

C’est tout simplement le signe manifeste d’une poussée du patriotisme, à savoir d’une volonté inébranlable de prise en considération d’une identité locale, puisque l’État n’assume plus sa propre part d’amour de la France. Car évoquer l’Histoire française sans parler de la Corse serait une gageure. De Napoléon Bonaparte au sacrifice d’une majorité de Corses dans les rangs de la Résistance française en passant par la proclamation des comités de salut public d’Ajaccio et Bastia en 1958 avec, comme slogan, « Nous aussi, Corses, nous avons peur d’être abandonnés », les Corses ont toujours manifesté leur amour de la patrie.

C’est justement parce que notre communauté de destin, notre histoire nationale, nos joies, nos doutes, nos victoires et nos racines catholiques nous échappent que les Français, qu’ils soient corses, basques ou métropolitains, ont besoin d’affirmer haut et fort qui ils sont. Et c’est ainsi que le vote corse, sans oublier le défilé des Basques à Paris, le 9 décembre 2017, témoignent que notre peuple est en proie à un doute existentiel, car touchant à son identité. Or, depuis plusieurs années, il est vrai que le jacobinisme a fait un retour fracassant, mais pas moins dévastateur. Non pas qu’il faille éradiquer d’un trait de plume toute la construction centralisatrice qui fut celle de la France, car même la pensée fédéraliste française n’a pas cherché à remettre en cause cette construction unitaire, comme le souligna Yves Salem en parlant de l’œuvre de Frédéric Mistral : “Il reconnaît même que le travail des Capétiens, cette longue marche vers l’unité devait se faire, entrait dans les vues de la Providence […].”

Mais tout système, quel qu’il soit, poussé à ses extrémités et à ses limites devient nécessairement néfaste puisque « le jacobinisme provoque toujours ces effets de rétrécissement dans les possibilités d’intelligence des situations », comme le cria de la tribune de l’Assemblée nationale le député Jacques Bompard.

Dès lors, cette réappropriation spontanée de la France passe par ce retour à des formes d’unités culturelles et populaires, telles que nos petites patries charnelles peuvent nous l’offrir, d’où cet attachement à ce que les Allemands appellent leur « Heimat », ce petit coin du pays qui nous est cher et que l’on pourrait qualifier de « matrie ».

En voulant faire d’une France une simple administration aseptisée, l’État et ses technocrates apatrides ont poussé les Français à renaître dans un patriotisme charnel et quotidien afin de mieux retrouver dans « le repli de [leurs] paysages le contraste français des joies et des égarements », pour citer Philippe de Villiers.

Cependant, un an après le vote corse, le gouvernement ne semble pas avoir pris la mesure du besoin de France qu’expriment nos compatriotes. Ils l’ont pourtant redit à travers la manifestation des gilets jaunes qui, à son origine, reprenait cette forme d’un patriotisme spontanéiste et local. Toutefois, l’exécutif n’est pas sensible à cet appel des Français lui demandant d’exalter ce que nous sommes. Gageons, alors, que la France triomphera et que l’État cessera de la desservir.

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