Editoriaux - Fiction - Religion - 15 février 2015

Copenhague : une si longue attente…

Certes, l’attente avait été longue, mais après la fusillade, le 7 janvier, à Charlie Hebdo, celle le lendemain de l’hypermarché casher de la porte de Vincennes et après les deux morts de Copenhague, les musulmans de France réagissaient. Enfin, tout changeait, les partisans du prophète appelaient à manifester à Paris, dans chaque cité des pétitions étaient lancées sur lesquelles ont pouvait lire : “Plus jamais cela. L’islam de France n’est pas le terrorisme aveugle”. Dans les rues et sous les portes cochères des immeubles, les dealers avaient fait place nette aux adultes confectionnant à partir de vieux draps de larges banderoles. De jeunes adolescentes peignaient au pochoir des pancartes : “Non au terrorisme islamique. Mon pays, c’est la France.”

La manifestation préparée avec soin s’annonçait importante. Les renseignements généraux prévoyaient plus d’une centaine de milliers de manifestants. Presque exclusivement des musulmans. En effet, ce jour-là, ils étaient descendus dans la rue place de la Concorde par milliers : jeunes, vieux, homme portant la djellaba, femme avec le simple voile, jeunes filles, cheveux au vent, en jean bras dessus, bras dessous, avec des garçons relevant la capuche de leurs sweats. Tout le peuple des banlieues accourait pour dire non aux barbus. Des calicots aux couleurs de la France fleurissaient aux fenêtres des tours grisâtres hérissées de paraboles. Des femmes sur les balcons poussaient des youyous tout en agitant des drapeaux tricolores. Des délégations d’anciens dans une centaine de villes de France avaient fleuri les monuments aux morts. Quelques chibanis s’étaient postés devant avec leurs décorations gagnées en Indochine ou dans les djebels d’Algérie. Un nouveau 13 mai enfiévrait la France métropolitaine. La fraternité, brutalement, redevenait possible. L’UOI (Union des organisation islamiques de France) avait organisé un grand colloque sur le thème : “L’islam est notre religion mais la laïcité en France est notre règle.” Les synagogues étaient pour une journée devenues un lieu de prière commun entre juifs, chrétiens et musulmans. Il n’y avait plus qu’un peuple, il n’y avait plus qu’une sorte de citoyens : des Français à part entière et non totalement à part.

Oui, voilà ce que j’ai imaginé. Oui, voilà ce à quoi j’aurais aimé assister un jour. Car ce jour-là, le “pas d’amalgame” aurait été une réalité et non un leurre, car ce jour-là, le “vivre ensemble” aurait été une évidence. Malheureusement, j’attends toujours de découvrir dans la rue ces masses musulmanes brandissant nos trois couleurs.

Aujourd’hui, la méfiance est la norme : méfiance des musulmans et méfiance des Français de souche. Aujourd’hui, l’engrenage dramatique de la guerre civile – action-répression – est la règle. Chaque action terroriste entraînant une réaction indignée perceptible dans le vote et les propos des Français. Henri IV avait compris que “Paris valait bien une messe” et que le roi de cette fin du XVIe siècle se devait d’être catholique. Henri IV avait été pragmatique, les partisans de Mahomet se devraient de l’être aussi. Pourtant difficile de le croire quand 73 % des musulmans considèrent les règles islamiques comme supérieures à la loi française.

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