Editoriaux - International - Union Européenne - 15 février 2017

Contre le populisme : CETA-multinationales, même combat ?

À un mois des législatives néerlandaises, l’on apprend (Le Figaro du 13 février) que cinq multinationales, parmi lesquelles Unilever, Philips et Shell (!), se proposent d’enrayer la montée du populisme en soulignant “l’absence de perspectives de croissance” qui alimente le “négativisme” ambiant. Le journal note encore “qu’il n’est pas dans les habitudes des multinationales de s’immiscer dans les campagnes électorales”.

C’est dire si l’heure (populiste) semble grave : depuis belle lurette, en effet, les moutons destinés à la tonte électorale n’ont plus vraiment le choix entre des programmes favorables ou hostiles aux multinationales, mais juste celui d’élire ceux – gauche et droite confondues – qui fricoteront en leur compagnie à Davos, Bilderberg ou au dîner du Siècle. On vous passe le Parlement européen, vaste lupanar lobbyiste, à en croire Philippe de Villiers. À quelques mois d’importantes échéances électorales françaises et allemandes, notons également l’étrange absence de ces deux pays au dernier sommet de Davos, qui n’est pas sans rappeler la grotesque posture préélectorale de Hollande contre son ennemi : la finance.

Un malheur n’arrivant jamais seul, ce mercredi sera ratifié le traité de libre-échange Canada-Europe (CETA), fruit de “laborieuses tractations”, selon Le Parisien du 13 février, son cousin américain (TAFTA) venant d’être enterré par Trump. Ce lundi, l’infortuné Premier ministre canadien Trudeau avait, d’ailleurs, rendez-vous à la Maison-Blanche, tiraillé entre “son dégoût pour l’idéologie et la personnalité de Trump, et l’importance […] de la relation canado-américaine”, selon un professeur de Toronto cité par Libération (13 février). Cependant que le journal belge La Libre.be du 9 février nous éclairait sur les conditions de la finalisation du CETA. Chrystia Freeland (aujourd’hui ministre des Affaires étrangères du Canada) s’est fait un plaisir de décrire par le menu comment elle roula Belges, Wallons et Européens dans la farine, le 21 octobre 2016. Mme Freeland annonçait, en effet, la rupture des négociations en ces termes : “Il semble évident, pour moi, pour le Canada, que l’Union européenne n’est pas capable, maintenant, d’avoir un accord international, même avec un pays qui a des valeurs si européennes, comme le Canada” (trémolos). “Je suis très déçue” (au bord des larmes). “Cette réaction émotionnelle”, expliquera Mme Freeland, “était la façon la plus efficace de culpabiliser des partenaires intransigeants, en les prenant de court. Nous avions décidé qu’il était très important de ne pas être fâchés […] parce que nous voulions que les Wallons se sentent coupables […] J’ai donc visé triste plutôt que fâchée […] J’ai eu tous les Européens dans les 24 heures suivantes, disant : “S’il vous plaît, ne rentrez pas chez vous, nous sommes désolés […] nous allons y arriver. Et, à la fin, c’est ce qu’ils ont fait”.”

Concernant ce procédé de maquerelle libre-échangiste à l’égard des Européens, nous n’évoquerons pas un “dégoût” équivalant à celui de Trudeau pour Trump, mais nous contenterons de rappeler humblement à Mme Freeman que les “valeurs communes” auxquelles elle semble se référer évoquent celles liant les professionnelles du bois de Boulogne à leur aimable clientèle…

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