En pleine tourmente médiatique relative à l’islam et aux intellectuels donnés pour « néo-réactionnaires », Pierre Manent, philosophe catholique, vient de jeter un imposant pavé dans la mare. À l’en croire, pour éviter la « soumission » chère à Michel Houellebecq, les Français « old school » chers à devraient chercher quelques accommodements vis-à-vis de nos compatriotes musulmans. Votre avis ?

L’accommodement peut être bienveillant, naïf ou cynique, efficace, insipide ou fatal. C’est une notion très floue. Pierre Manent le souhaite intégral, à l’exception de la polygamie et du voile intégral, ce qui est très précis, certainement bienveillant mais fatal ! La première grande erreur de Pierre Manent est de considérer les musulmans de France comme un ensemble homogène en évoquant « les mœurs des musulmans ». Mais nous serions tentés de demander : quelles « mœurs » ? Quels « musulmans » ? Une problématique mal posée ne peut qu’entraîner des réponses erronées. Les musulmans de France n’appartiennent par à une seule strate sociale, ils vont du SDF au chef d’entreprise. Ils ne sont pas issus des mêmes origines migratoires : le cafetier kabyle, héritier du bistrot parisien de son arrière-grand-père, est sensiblement différent d’un Malien récemment immigré. Ils n’entretiennent pas le même rapport à la religion, entre le « Beur » musulman par héritage ayant abandonné toute pratique et le converti via Internet professant un 2.0, il y a une multitude de postures possibles. En cela, les « mœurs des musulmans » sont aussi variables que celles des catholiques allant du progressisme au conservatisme les plus extrêmes. Les musulmans français ont rejoint la moyenne nationale du . Leurs bulletins de vote ont enfin passé la limite du centre pour rejoindre la libérale, la droite nationale. Nous aurons par ailleurs le loisir d’en discuter avec Pierre Manent lors du prochain Café Fils de France, le 29 octobre à 19 heures.

La laïcité à la française dont vous faites la promotion, par le biais de votre association, Fils de France, peut-elle être la solution à tous ces maux ?

Fils de France ne fait pas la promotion de la laïcité, ou alors certainement pas à la façon de la laïcité militante, dite « laïciste », visant à achever le travail de destruction commencé par la Révolution française en faisant disparaître toute trace de l’ religieuse de la France, une France dont les racines sont païennes, le tronc catholique et possédant des branches diverses. La est laïque, la France est catholique. Fils de France n’a eu de cesse de le répéter depuis sa création, sur les scènes des « Manif pour tous », mais aussi dans les mosquées où nous intervenons régulièrement ! Là où nous appelons les jeunes musulmans à consolider cet héritage nous venant du baptême de Clovis, un héritage qui est le leur pour envisager un destin commun, sur des valeurs communes liées à l’autorité, à la force du respect intergénérationnel, celle qui considère la personne âgée comme source de sagesse, valeurs de la famille, du … Oui, Pierre Manent a raison lorsqu’il affirme que les catholiques ont un rôle primordial à jouer dans le redressement du pays. À la condition que ce catholicisme ne soit pas coupé de Dieu, de la spiritualité, de ses valeurs pour virer dangereusement vers un catholicisme identitaire uniquement horizontal, une religiosité belliqueuse, foncièrement aigrie qui ferait du musulman l’objet de toute ses craintes et tellement pratique pour nourrir ce relent identitaire. Idem pour la partie des musulmans chez qui la notion identitaire l’emporte sur les valeurs : la transcendance, soit une religiosité uniquement exotérique favorisant la forme par le corps (vêtements orientaux, habitudes alimentaires délirantes) sur le fond lié au cœur (ascétisme, dévotion). Donc, la laïcité oui, mais dans une France consciente que son première repose sur les valeurs catholiques soit dit en passant, à l’origine farouchement sociale ayant là aussi perdu une bataille face au projet anglo-saxon protestant et libéral, mais repose aussi sur des valeurs conservatrices… Moins d’une dizaine d’évêques ont appelé à manifester contre le mariage homosexuel.

De même, vous refusez la logique communautariste actuellement en vigueur et prônez l’amour de la France… Mais si les Français de souche peinent à s’aimer, que peuvent faire les Français de branche ? Aimer un pays qui ne s’aime pas ? Et qui surtout ne les aime que de loin ?

À la notion d’amour précède la notion de connaissance et succède celle de défense. Comment aimer sans connaître ? Comment défendre sans aimer ? Une archéologie du regard de l’élite française sur la France est à envisager. Comment expliquer que notre , jadis objet de fierté, soit devenue objet de honte, de repentance permanente ? Comment expliquer que notre souveraineté, en quelques décennies, se soit si cruellement réduite ? Comment expliquer qu’une infime minorité ait pu imposer le mariage de personnes du même sexe dans cette France, fille aînée de l’Église ? Oui, une archéologie est nécessaire. Car il est à souligner que les bouleversements se sont précipités à une vitesse surréaliste, sans réaction massive des Français. Sans remonter à 1789, en 1968, déjà, « il est interdit d’interdire » ; en 1973, « interdit de battre monnaie pour emprunter » (produisant un endettement de la France auprès de créanciers privés) ; 1975, loi Veil autorisant l’avortement (200.000 par an) ; 1976, loi incitant au regroupement familial, qui pousse des centaines de milliers de travailleurs provisoirement immigrés à se sédentariser, donc à se déraciner au profit des grandes entreprises disposant d’une main-d’œuvre bon marché, non politisée…

Qui est à l’origine de cette destruction organisée de la France ? Comment peut-on en sortir ? Non, le communautarisme n’est certainement pas la solution car il n’est pas contenu dans l’ADN de notre pays, dont la vocation est à l’acculturation afin d’œuvrer ensemble à l’avenir. Connaître la France, c’est l’aimer. L’aimer, c’est la défendre. Cela est valable pour l’ensemble, pour les anciens comme les nouveaux Français, pas plus responsables que coupables de l’état de la France aujourd’hui.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

27 octobre 2015

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