Editoriaux - Entretiens - Société - Table - 23 juillet 2017

Un congé parental diplômant ? Marlène Schiappa jette un nouveau pavé dans la mare

L’accession au secrétariat d’État semble avoir mûri Marlène Schiappa. Auteur présumé de Sexe, mensonges et banlieues chaudes et autres romans pornographiques, la fringante trentenaire a, jeudi dernier, lancé l’idée d’un “dispositif de validation des acquis de l’expérience des jeunes parents”. Après la sexualité fantasmée, retour à la réalité : mensonges ou pas, banlieues chaudes ou fraîches campagnes, les galipettes se terminent parfois en enfants, qu’il faut de surcroît élever.

À première vue, son idée est séduisante. Il s’agit de ne pas pénaliser les femmes qui “ont eu des enfants jeunes” et “se retrouvent sans qualification, sans expérience professionnelle à l’âge de 25, 30, 35 ans sur le marché du travail”. Ce sont souvent des femmes issues d’un milieu modeste, pour qui l’insertion dans le milieu professionnel n’est ni évidente ni facile, et ce coup de pouce pourrait favoriser l’égalité des chances. Ce dispositif est également une manière de rappeler qu’être mère au foyer n’est pas une sinécure, qu’élever des enfants n’est pas plus facile que d’exercer bien des métiers. C’est aussi, implicitement, reconnaître qu’un enfant n’est pas moins important qu’une expérience professionnelle. Peut-être, même, éviter (un peu) qu’une grossesse précoce ne laisse comme alternative que l’avortement ou le chômage à vie. En effet, comme le “déplore” Mme Schiappa, “dans les entretiens d’embauche […] “J’ai élevé mes enfants” […] n’est pas jusqu’à présent l’argument le plus efficace pour trouver un emploi”.

Le projet a néanmoins immédiatement suscité une levée de boucliers.

Le premier reproche est mineur. Dans la présentation de ce dispositif, le pourtant secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes n’avait parlé que des mères. Affreux scandale ! Mais elle a aussitôt rattrapé sa bourde, assurant que “les 3 % de pères [qui prennent un congé parental] y seront évidemment bienvenus !” Objection suivante.

Elle est plus sérieuse. Les féministes et les professionnels de la petite enfance jugent ce dispositif “extrêmement dévalorisant pour les gens dont c’est le métier et qui luttent depuis longtemps pour [sa] reconnaissance”, explique Fatima Benomar, porte-parole d’un collectif féministe. De fait, la validation des acquis de l’expérience est discutable dans son principe même. Certes, un “parcours diplômant”, une formation et un examen sont prévus avant la délivrance du diplôme, CAP ou autre. Mais si l’expérience d’élever ses enfants donne les compétences nécessaires à l’exercice d’un métier dans le domaine de la petite enfance aussi bien qu’une formation professionnelle classique, ces parents pourraient passer le même examen que les autres candidats au diplôme en question, avec les mêmes chances de réussite. Ou alors ce sont la formation et l’examen classiques qui sont inadaptés et doivent être réformés.

Enfin, un internaute s’insurge ainsi : “Et sinon, à part le CAP petite enfance, les jeunes mères ne pourraient pas aspirer à autre chose qu’un travail en lien avec la maternité ?” Pas besoin d’être féministe pour trouver que cet argument ne manque pas de bon sens : il serait sans nul doute préférable de payer à ces parents une formation de leur choix.

Le problème de “l’insertion professionnelles des mères, notamment des mères en situation de précarité”, auquel prétend s’attaquer Mme Schiappa mérite sans doute mieux que ce brouillon qu’on dirait écrit sur un coin de table.

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