Editoriaux - Politique - Table - 10 juillet 2014

Conférence sociale : les syndicats disent (enfin) non au hollandisme révolutionnaire

« Moi, président de la République, je ferai en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés […] et que nous puissions avoir régulièrement des discussions pour savoir ce qui relève de la loi, ce qui relève de la négociation ». Oui, mais ça c’était avant ! Avant d’être président !

Les deux premières conférences sociales de juillet 2012 et juin 2013, soit au lendemain de la victoire de Hollande à la présidentielle, n’avaient pas été ratées. L’écho médiatique était positif même si les résultats obtenus ne pouvaient pas prétendre entrer au Panthéon des mesures économiques et sociales.

La troisième Conférence est un échec absolu tant par son déroulement que par ce qui en restera.

Comment le génial Hollande, celui qui devait combattre la finance, rétablir le dialogue social et soutenir l’économie française, est-il devenu à ce point illégitime que les syndicats ne prennent plus la peine de s’asseoir à la même table ?

Deux ans de décisions contradictoires et de paralysie pour finalement aboutir à une politique largement inspirée de la plateforme du Medef. La coupe est pleine pour les syndicats qui ont vu dans le compte pénibilité un moyen de se désolidariser d’un exécutif en crise.

La personne de Manuel Valls et ses méthodes peu en phase avec le dialogue social ont aussi contribué à un raidissement des centrales syndicales. Les partenaires sociaux sont de plus en plus tendus et on remarque que seuls sont écoutés ceux qui ont l’appui d’une majorité de Français.

Les cheminots en grève se retrouvent face à un mur, car le Gouvernement sait que leur mouvement n’est pas apprécié. Les intermittents du spectacle, ont, eux, le droit à plus d’égards, car ruiner les festivals d’été pour cause d’autisme politique, cela n’est pas bien vu…

Le fond et la forme sont à revoir. D’autant plus que les entreprises françaises sont fragiles. Celles qui avaient les reins les moins solides ont sombré aux premières heures de la bataille – ce qui explique la baisse du nombre de défaillances des PME enregistrée tout récemment. Les fleurons, eux, sont mangés les uns après les autres : Arcelor, Marionnaud, Alstom, etc., démantelés à cause des directives européennes (SNCF) ou sujets à des OPA hostiles venues d’Italie (Club Med) sans que les autorités françaises ne trouvent la parade malgré l’existence de la Caisse des Dépôts.

Doit-on se laisser manger par des investisseurs étrangers quand de l’argent de partenaires français (Ardian) est mis sur la table ? Quid des motivations des autorités quand des milliers d’emplois sont menacés en France ?

La seconde conférence sociale était de loin la plus prometteuse avec l’accent mis sur la formation professionnelle, mais globalement les comptes n’y sont pas.

Les Conférences sociales pouvaient se résumer à « beaucoup de mots pour rien ». La troisième sera perçue comme « beaucoup de ressentiment pour rien ». Pour rien, car finalement, que les partenaires sociaux discutent ou non, les décisions sont toujours prises (quand l’exécutif ose jouer son rôle) par l’Elysée. Entre un exécutif pas crédible et des partenaires sociaux pas vraiment légitimes, mais remuants, il n’est pas certain que la 4e Conférence sociale voie le jour.

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