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Editoriaux - Histoire - Religion - 15 mars 2016

Conférence des évêques de France : un message qui laisse perplexe

Le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Pontier, accordait dimanche à La Dépêche une interview qui m’a laissé perplexe, tant elle est l’illustration de l’immobilisme analytique et pastoral de l’Église…

Interrogé sur la vision portée par nombre de fidèles catholiques sur l’islam, sa réponse reste vague : « Il y a un “risque” de raidissement. » Ne peut-on dire que le simple niveau de “risque” est déjà dépassé par une réalité très présente ? Par suite, le président de la CEF commente l’influence de l’État islamique : « La radicalisation de l’islam qui nous est “renvoyée” par Daech est rejetée par beaucoup de musulmans. » Fort bien, Monseigneur ! Mais ne voit-on pas que l’État islamique nous “envoie”, outre sa radicalisation, aussi ses attentats ? Et son esclavagisme envers qui n’est pas musulman, du moins au Moyen-Orient ?

Monseigneur, s’il se conçoit de parler de radicalisation “envoyée” ici par Daech vers des jeunes, ne faut-il pas aussi dénoncer les crimes contre l’humanité qu’ils perpètrent là-bas ? Contre la pauvre humanité de ces chrétiens ou yézidis réduits au choix de la conversion ou de la mort ! En passant par la phase d’esclaves sexuels d’une nature que la décence n’interdit pas de citer et de secourir ! Il y 80 ans, certains de nos pères se turent devant le nazisme qui se tenait à nos portes, d’autres collaborèrent… Aujourd’hui, le nazislamisme est au Levant, mais une forte communauté attend que vienne l’heure pour agir ici à l’image de ceux que vous condamnez tièdement là-bas.

Finalement, c’est bien cela que nous craignons, Monseigneur : le tort causé à l’Église dans l’Histoire par l’attitude manquant de courage et de vérité dans les temps présents.

Vous nous invitez aussi au dialogue. Et ce, quelques lignes avant de rejeter tout échange avec le FN, qui aurait des idées avec lesquelles la majorité des évêques ne sera jamais d’accord. Ne doit-on pas, ici, s’interroger sur la différence d’approche ? D’une part “dialogue avec les musulmans”, qui ont, à coup sûr, des idées revendiquées, clairement exprimées et incompatibles avec l’Église, notamment quant au statut de la femme et sur la liberté de religion ; d’autre part “refus de tout dialogue avec les adhérents du FN”.

Monseigneur, vous affirmez qu’il est en ce parti des idées incompatibles avec le catholicisme. Or, il se trouve qu’en hommes sages, les pasteurs, personnes prudentes s’il en est, s’appuient toujours sur des textes – scripta manent, dit le proverbe ! Aussi, et puisque vous avez peut-être raison, je vous implore de nous éclairer, explication de texte en mains. J’ai voté Front national et je le referai peut-être. J’ai communié et je le referai sûrement, si Dieu le veut. Mais je ne puis ouïr et approuver avec une révérence religieuse de l’esprit une condamnation qui se réduit à trois mots – “des idées incompatibles” – sans que mon pasteur me dise lesquelles en s’appuyant sur ce que dit le FN et sur la contradiction qu’il y voit avec la Sainte Écriture.

Respectueusement, une ouaille désorientée.

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