Editoriaux - Justice - Médias - Politique - Société - Table - 28 mars 2017

Comprendre n’est pas excuser : dans la tête de Salah Abdeslam…

La correspondance de , « cerveau » des attentats du 13 novembre 2015, trois lettres récupérées par les forces de l’ordre dans l’une de ses planques, n’est pas une véritable pièce à conviction, la justice n’en ayant guère besoin pour l’envoyer en prison. Mais une pièce de « compréhension », sans nul doute.

Bien sûr, Manuel Valls, lorsqu’il était Premier ministre, assurait que « chercher à comprendre » les terroristes équivalait à tenter de les « excuser ». Curieuse interprétation de la politique… En effet, comment comprendre l’adversaire et tenter de le contrer si l’on ne se met pas, à un moment ou à un autre, dans sa tête ?

À ce titre, la lecture de ces trois lettres est plus qu’instructive. On passera, évidemment, sur une orthographe des plus fantaisistes, mais qui n’a finalement rien à envier à la syntaxe de Najat Vallaud-Belkacem, pour aller à l’essentiel. En effet, il ne sert pas à grand-chose de traiter Salah Abdeslam de « dingue » ou de « dégénéré », ou de le tenir comme une sorte de criminel n’obéissant qu’à ses pulsions intimes. En un mot comme en cent, ne tombe pas de la Lune.

D’abord, il est sûr d’avoir bien fait et d’avoir, surtout, fait le bien. À propos des guerres occidentales menées en Orient, il explique à sa sœur : « Ils ont tuées des milliers de personnes, ils font vivre la terreurs chaque jours dans les pays musulmans et tu n’imagine pas ce qu’ils leur font subir. […] Pendant ce temps, nous on se prétant musulmans en rigolant chaque jours sans se soucié, s’inquiété de leur sort. » En ce sens, Salah Abdeslam a retenu les leçons des médias occidentaux : quand l’OTAN bombarde des pays chrétiens (Serbie) ou musulmans (Irak, Libye, Syrie), il nous est aussi dit que nous œuvrons pour le bien. Pour ce faire, l’OTAN habille ses crimes de justifications humanistes ; Salah Abdeslam, lui, fait de même, mais sous paravent religieux, même avec un islam aussi déviant que l’humanisme dévoyé de nos sociétés occidentales.

On pourra, certes, objecter que Salah Abdeslam a tendance à relativiser, mais notre siècle n’est-il pas marqué du sceau du relativisme ?

Il apparaît, ensuite, que Salah Abdeslam cherche manifestement un sens à une vie qui n’en a pas. Certains médias s’inquiètent du manque d’engagement citoyen des jeunes générations ; lui et ses complices auront au moins réussi à faire mentir les statistiques. Mais, jeune homme de son temps, il tient aussi, dans cette télé-réalité morbide, à laisser la meilleure image de sa personne et de son frère. D’où cette lettre adressée à son père : « Ton phis Brahim ne s’est pas suicidé, il a combattu, il a tué et s’es fait tué par les koffar [mécréant, NDLR], il est un héros de l’islam. »

Pareillement, il s’adresse de la sorte à sa fiancée : « Je t’écris et te demande mes sincère excuses, je t’ai quitter alors que je t’avais promis le mariage. Ce n’est pas une trahison mais un choix que j’ai fait car cette douania est une vie de sacrifice pour obtenir la satisfaction du seigneur de l’univers. »

Lettres écrites durant sa sanglante cavale… Mais qui en disent beaucoup sur les motivations de nos candidats au suicide. Mélange détonnant d’aspiration à un absolu fantasmé, conjugué avec une flagrante immaturité intellectuelle et psychologique. Besoin d’exister et d’être à tout prix reconnu, tout en se raccrochant à des valeurs aussi ancestrales que celles de la famille, fût-elle recomposée, décomposée, explosée. Cela pourrait être touchant si cela ne se conjuguait avec une perte totale de toute forme de sensibilité : on donne la mort comme dans un jeu vidéo grandeur nature.

Pas de doute, Salah Abdeslam est véritablement un enfant de ce siècle.

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