Communautarisme : la logique du ghetto

On reparle du communautarisme. Pas seulement quand les filles de Charleville-Mézières portent des jupes « pas très laïques », à défaut d’être « pas très catholiques ». Mais on en parle de manière oblique.

Les communautaristes opposent leur position à celle des assimilationnistes. Mais ils partent, la plupart du temps, d’une présentation complètement biaisée de ce qu’est l’assimilation. Ils oublient aussi que le communautarisme, sous le nom d’intégration, puis maintenant de « société inclusive », c’est justement ce que pratiquent les pouvoirs publics depuis l’abandon des politiques d’assimilation. Accepter la multiplication des boucheries halal ou souhaiter un « bon ramadan » aux musulmans sur des panneaux de mairie, c’est du communautarisme, que cache l’affaire minuscule de la jupe.

L’idéal des communautaristes est la coexistence entre des peuples différents sur un même sol. Mais, même avec des peuples proches, comme en Autriche-Hongrie avant 1918, cela n’a pas marché (c’est dommage, mais c’est ainsi). Alors que la France, l’Italie et l’Allemagne existent encore (en mauvais état… mais quand même). La situation est extrêmement différente dans la France d’aujourd’hui, puisqu’il s’agit de faire coexister des peuples à la fois non proches des Français et non proches entre eux. Il ne s’agit pas de faire cohabiter des Galiciens avec des Tchèques et des Allemands. C’est un peu plus compliqué que cela (qui ne se passait déjà pas très bien). Le multiculturalisme dans un pays, cela ne marche pas. Les nations, cela marche mieux. Voilà les faits – qui sont têtus, comme disait Lénine – et il vaut toujours mieux faire avec les faits qu’avec des illusions.

Alors, oui à l’assimilation. Mais qu’est-ce que c’est ? Ce n’est pas renier ses origines. L’assimilation, c’est l’affirmation d’une figure centrale dans l’imaginaire et le symbolique, la figure culturelle et historique du pays d’accueil. Non parce qu’elle est « mieux » en soi mais parce qu’il faut bien être de quelque part. L’assimilation consiste à faire un pas vers le pays d’accueil : c’est un choix francisé du prénom de ses enfants, l’usage du français dans l’espace public, la civilité française, la conception française du rapport entre hommes et femmes, des lectures françaises.

L’assimilation, c’est, au minimum, ne pas faire exciser ses filles, ni pratiquer la polygamie, ne pas exiger des horaires de piscine séparés pour les hommes et les femmes. L’assimilation est exigeante. C’est son avantage. Elle pousse ceux qui ne veulent faire aucun effort à rentrer dans leur pays d’origine.

L’extrême diversité, dans le monde, est inévitable et est même sans doute un bienfait. Par contre, la diversité de mœurs et de culture ne peut être qu’encadrée, limitée dans une communauté socio-historique donnée. Sinon, au nom de la diversité, on tue justement la diversité même qui est celle des nations et des peuples. La France et l’Europe deviennent des juxtapositions figées, immuables et stériles de communautés « chacun chez soi ». Si on met de la diversité partout, il n’y a plus de diversité nulle part. Du coup, le refus de l’assimilation aboutit à la dissolution des communautés socio-historiques qui concilient identité et ouverture vers l’universel, notamment et principalement les nations (dont rien n’interdit qu’elles se fédèrent en fonction d’affinités de civilisation).

Le refus de l’assimilation aboutit à la fin de l’histoire, que prétendent refuser les communautaristes. Le communautarisme n’est que l’autre face du relativisme culturel « absolu » (si on ose cette contradiction dans les termes) que l’on peut encore appeler différentialisme ultra. C’est la même impasse. C’est la logique du ghetto et « no future ».

À lire aussi

Supprimer le poste de Premier ministre ? Une très mauvaise idée

En fait, une telle proposition irait jusqu’au bout… de la déconstruction de la Ve Républiq…