Editoriaux - Internet - Politique - Société - 1 octobre 2014

Comment récupérer son ex via Internet ? Une idée de génie !

Comme on disait sous Giscard, en France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées. Et quelles idées ! Le Parisien s’est fait l’écho, mercredi, d’une success story à la française : celle de Jerecuperemonex.com, « un site de coaching consacré aux 1.001 manières de reconquérir son ex [qui] cartonne ».

On y trouve le kit complet de la réconciliation : « la lettre magique pour récupérer son ex », « les 30 SMS pour récupérer son ex », « la clé primordiale pour déclencher à nouveau des émotions chez votre ex », etc.

Une idée de génie. Car, évidemment, peu importe la crise, le chômage, François Hollande ou l’État islamique, il y aura toujours des ruptures, et des gens prêts à tout, y compris à laisser 59 €, pour une consultation en ligne en vue de retrouver le chemin du cœur de l’autre.

Il y a ce gage de sérieux que confère, inexplicablement, Internet. Car enfin, quelle différence entre ces promesses et celles du petit papier blanc, au format carte de visite, que glisse tel Sénégalais dans toutes les boîtes aux lettres : « Diallo, marabout, résout tous problèmes de cœur. Spécialiste du retour de l’être aimé. Succès garanti. » Mais un marabout 2.0, c’est tout de suite plus sérieux. Comme tout ce que l’on trouve en ligne. Les médecins le savent bien qui, tous les jours, se voient opposer par leurs patients des recherches personnelles sur la Toile, comme si le diagnostic posté sur tel forum dédié par l’internaute « cricri45 » – qui connaît tous les symptômes des kystes aux ovaires, attendu que sa belle-sœur en a longtemps souffert — était plus digne de foi que celui d’un gynécologue en ville.

Il y a l’aspect « pro », inhérent au caractère payant. Car qu’est-ce que le coaching, sinon un conseil qui vous coûte cher ? Du temps de Jacques Brel, on offrait le même service, mais par affection et sans facturation horaire : « Non, Jef, t’es pas tout seul, mais arrête tes grimaces, soulève tes cent kilos, fais bouger ta carcasse, je sais qu’tas le cœur gros… » Pour la bonne raison qu’à la différence de celui d’un coach, le soutien d’un vrai ami n’a pas de prix.

Et dans une époque sans repère, sans transmission, sans conviction, le coach (conseiller professionnel) est devenu indispensable tous azimuts : éducation, politique, vie professionnelle ou sentimentale. À défaut du fond, il vous vend la forme. Des techniques. Des trucs qui fonctionnent à tous les coups. Qui donneront l’illusion : de la sincérité, de la rigueur ou de l’honnêteté.

Il y a enfin l’anonymat, permis par Internet. Car s’être fait larguer n’est pas glorieux. Non plus qu’espérer secrètement reconquérir. On préfère, en 2014, jouer le bravache qui papillonne, ambiance Gleeden ou jadopteunmec.com et en cela, il faut le reconnaître, ce site pour cœurs fidèles a un charme vintage touchant.

Mais comment dire ? Même rédigée par le clone de Cyrano de Bergerac, une lettre téléchargée, sélectionnée, copiée, collée, envoyée à mille destinataires n’a pas la même force qu’une lettre, écrite peut-être laborieusement par un amoureux transi dyslexique, mais unique. De la même façon que les éléments de langage finauds, mais identiques, de nos hommes politiques « coachés » ne sauraient toucher le cœur des électeurs comme une repartie maladroite, mais venant des tripes.

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