Tétanisé par le succès d’Éric Zemmour, le groupe Canal+ (dans tous ses états) a demandé au groupe Bolloré de réunir son comité d’éthique pour examiner le cas Zemmour. Cinq membres réunis autour d’une table. Quelles « suites donner au dossier » ? Ambiance de tribunal.

Pour la première fois dans l’histoire de la télévision, les responsables d’une chaîne se mobilisent pour examiner les moyens de faire baisser l’audience d’une émission. Du jamais-vu.

Après délibéré, les conseillers pétris d’éthique ont tranché : « L’émission “Face à l’info” ne peut pas continuer à être diffusée sous sa forme actuelle. » Trop de téléspectateurs. Trop d’adhésion aux analyses dérapantes du chroniqueur. L’Élysée en état d’alerte. L’émission doit être remodelée, revisitée, malaxée, Zemmour reconfiguré… Il y a « un manquement à l’honnêteté », des « outrances », des propos « contraires à la charte déontologique du groupe » : en bref, un éloignement considérable de la ligne du parti. De la sortie de route caractérisée.

Changer la formule ou dissuader les Français d’appuyer sur la touche 16 de la télécommande entre 19 et 20 heures ? Le conseil s’en fut examiner tous les cas de figure : des inspecteurs chargés d’effectuer des contrôles « surprise » dans les foyers ? Une mention « déconseillé aux gens » au bas de l’écran ? Un traducteur macronien en arrière-plan qui, à l’aide de gesticulations, replacerait les propos d’Éric Zemmour dans la morale admise ? Pour « mineur isolé », des signes de gentillesse, une moue compassée, pour « migrant » un mime exprimant la gourmandise… Trop complexe. Anéantir l’émission était, décidément, la solution la plus sage.

Dans ce déferlement d’insanités constaté à cet horaire, un îlot de civilisation émerge on ne sait comment : Christine Kelly. Une attitude « irréprochable », note le comité Théodule de Canal+. « Il n’y a aucun lien entre délinquance et immigration. » Elle tente de préciser qu’il n’y aurait pas de liens, en ponctuation des interventions du diablotin. Un leitmotiv apprécié en haut lieu. La plupart des emprisonnés sont originaires du Bas-Berry, d’Auvergne, de la Creuse, quelques-uns du Liechtenstein. Le fait est avéré. De l’info et encore de la vraie info !

Selon Le Parisien, le comité s’interroge sur la façon de « se prémunir du risque de réitération ». Il peut recommencer, l’animal ! L’anxiété du comité atteint un niveau de drôlerie qui pourrait faire l’objet d’un divertissement du samedi soir sur CNews. Des inconnus réunis autour d’une table qui s’interrogent sur la manière de réduire le temps d’antenne d’un chroniqueur plébiscité par les téléspectateurs. La dramaturgie mérite le détour. Le Dîner de cons battu à plate couture. Encore un succès en perspective !

24 octobre 2020

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