Ceux qui croient que François Hollande, depuis qu’il a renoncé à se représenter, se limite à inaugurer les chrysanthèmes se trompent. Il lui arrive, aussi, de prendre des décisions. Ainsi, lors du dîner annuel du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF), mercredi soir, il a annoncé vouloir instaurer une Journée nationale de commémoration des génocides.

À supposer qu’il en ait le temps, pourquoi pas ? Ces journées peuvent être l’occasion de réfléchir sur quelques tragédies qui ont marqué l’histoire de la France, de l’ ou du monde. Encore faut-il considérer le passé sans esprit partisan et sans arrière-pensées politiciennes.

Quand on entend déclarer que “nous sommes conscients que nous devons accueillir les pourchassés, les persécutés, les rescapés” ou encore que “cette leçon […] vaut également pour les grands pays, pour les États-Unis d’ qui ont vu comme la France les idées des Lumières inspirer la construction de leur nation”, on est en droit de se demander s’il ne fait pas une digression ou s’il ne s’est pas trompé de discours.

Le meilleur historien, fût-il très scrupuleux, se laisse malgré lui influencer par sa subjectivité, somme toute bien humaine. Que dire des historiens empreints d’idéologie, aussi bien dans l’établissement des faits que dans leur interprétation ? Ou encore d’un État partisan qui se fait juge du bien et du mal et professe une conception manichéenne de l’Histoire ?

“Pour juger impartialement [l’Histoire]”, écrivait déjà Flaubert, “il faudrait avoir lu toutes les histoires, tous les mémoires, tous les journaux et toutes les pièces manuscrites, car de la moindre omission une erreur peut dépendre qui en amènera d’autres à l’infini.” Cela devrait conduire à un peu de modestie, à la recherche constante de la vérité, non à des vues dogmatiques et systématiquement orientées.

Rien de plus hypocrite que de prétendre éclairer les esprits en les enfermant dans des idées préconçues.
Si ce dîner avait été un dîner-débat, un convive curieux aurait pu demander au président de la République s’il souhaitait commémorer aussi le génocide vendéen. Car, si l’on se réfère à l’article 6 du statut de la Cour pénale internationale, qui définit comme génocide les actes “commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel”, cette tragédie correspond bien à cette définition.

La répression sanglante de l’insurrection vendéenne fut évoquée, à l’approche du bicentenaire de la Révolution, pour retomber dans l’oubli et ne rester dans la mémoire que de quelques rebelles à la ligne de pensée officielle. Certainement des réacs ou des nostalgiques de la monarchie ! Nos gouvernants, on l’a remarqué, chérissent la repentance, mais de manière sélective. L’on ne va pas dénoncer les excès de la Terreur, tout de même !

La commémoration des génocides peut être utile. De tous les génocides. Sans faire de tri. Pour montrer jusqu’où peut aller la barbarie des peuples les plus civilisés. Les génocides staliniens n’ont rien à envier aux génocides hitlériens. C’est au nom d’un idéal censé améliorer le sort de l’humanité que les crimes les plus horribles ont été commis. Ceux qui condamnent les uns et trouvent des excuses aux autres se font complices des pires exactions.

10 février 2017

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