Editoriaux - Histoire - International - Politique - Presse - 25 décembre 2013

Comme autrefois l’Algérie, l’Égypte au bord de la guerre civile ?

Certes, l’Égypte n’est pas l’Algérie ; mais si l’histoire ne repasse pas les plats, il peut lui arriver de se répéter. Ainsi, depuis la destitution du premier président égyptien démocratiquement élu, Mohamed Morsi, ce pays sombre peu à peu dans le chaos. Rien que pour la nuit de lundi à mardi, quatorze morts et une centaine de blessés, dans un attentat à la voiture piégée, devant un bâtiment de la police.

Cet attentat est attribué aux « islamistes », concept fourre-tout dans lequel on peut ranger tout et son contraire. Embrouillaminis aggravé par les influences étrangères qu’on sait : Arabie saoudite qui finance les salafistes et Qatar faisant de même avec les Frères musulmans. Au milieu de la tempête, comme souvent, il y a les chrétiens, déjà malmenés du temps d’Hosni Moubarak mais qui, s’étant un peu bruyamment félicités du retour aux affaires de la junte militaire, se seront peut-être – pour certains d’entre eux au moins – avancés avec imprudence dans une situation où ils ont tout à perdre.

En politique, les parallèles sont parfois hasardeux, mais celui que l’on peut dresser avec l’Algérie de 1991 n’est pas forcément le plus incongru. Là-bas aussi, des généraux – en fait, des généraux d’opérette dont les plus galonnés avaient tout juste obtenu des barrettes d’adjudant-chef dans l’armée française, mais dont les femmes étaient assez bonnes couturières pour leur coudre des étoiles à l’épaulette… Généraux tout aussi corrompus que leurs homologues du Caire qui, eux aussi, tenaient le pays en coupe réglée, avec la même singulière incompétence. Et avec, surtout, la complicité de l’Occident sur le thème : si ce n’est pas nous (les ganaches laïques), ce sera les islamistes à barbe…

Ce type de martingale ne pouvant indéfiniment durer, les mêmes Occidentaux exigèrent plus de démocratie. On vota donc en Algérie. Et les « islamistes » du FIS firent carton plein, électoralement s’entend. Le résultat n’ayant pas eu l’heur de plaire aux généraux d’Alger, le scrutin fut annulé et les trublions se retrouvèrent encabanés. Un confrère, Tunisien d’origine, travaillant pour la presse saoudienne et sous influence wahhabite, me prédit alors : « Tout cela finira mal. Cette première vague islamiste est composée d’Algériens issus des classes moyennes et supérieures. Des avocats, des médecins, des commerçants, des hommes d’affaires qui se retrouvent sous la bannière du FIS, parce que c’est la seule force d’opposition crédible à ce régime de crapules. Mais la seconde vague sera composée d’analphabètes qui tiendront le Coran dans une main et un fusil dans l’autre… » Plutôt bien vu.

Car après, ce fut la décennie noire. Entre 60.000 et 150.000 morts – les estimations divergent. Des milliers de « disparus » et un million de personnes « déplacées », décompte aussi macabre qu’approximatif, selon des sources diverses…

Même si l’Égypte n’est pas l’Algérie, la concordance de l’enchaînement des faits paraît troublante. Car si les Frères musulmans sont donnés pour « terroristes » par le nouveau pouvoir en place, rien ne permet, à ce jour, de clairement définir leurs responsabilités dans ce drame. Pas plus, d’ailleurs, que celles de leurs meilleurs ennemis salafistes. Ce qui, au passage, fait oublier le milliers « d’islamistes » récemment abattus lors de manifestations pro-Morsi, sans oublier des milliers d’arrestations toutes plus arbitraires les unes que les autres. En attendant, le président Mohamed Morsi, destitué et non point « déchu » – la nuance est de taille –, devrait bientôt être jugé pour « espionnage »…

Vaste blague pour qui sait que les traîneurs de sabres ayant eu vite fait de récupérer le pouvoir, après avoir empêché Mohamed Morsi de l’exercer, se divisent en deux catégories : les uns qui renseignent la CIA et les autres le Mossad…

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