Les « sujets sociétaux » dont l’actuel gouvernement s’est fait le champion, nous disent les critiques et les rabat-joies, ne sont qu’autant de leurres à vocation politique. Leur finalité serait de satisfaire une clientèle de lobbies et de groupuscules divers auxquels le gouvernement pense — à tort ou à raison — devoir son arrivée au pouvoir. On ne cherche ainsi plus à définir un projet commun, ni à apporter de solutions aux problèmes concrets des français, ou de réponses aux défis posés par la mondialisation, l’épuisement des ressources naturelles ou l’effondrement démographique : on s’affirme et se réaffirme plutôt comme le défenseur de valeurs arbitraires quasi-dépourvues de lien avec le réel et qui ne sont, en somme, que de simples postures. L’idéologie est érigée en seul pilier du politique. « Abolition » de la prostitution, mariage pour tous, dépénalisation du cannabis, introduction de la théorie du dans les programmes scolaires : les questions contemporaines « brûlantes » qui occupent les médias sont, à l’aune des défis que nous affrontons, risibles et pathétiques.

Malheureusement, ce que cache cette frénésie de « révolutions sociétales » est pire qu’un simple opportunisme politicien. Alors que nous nous trouvons à un tournant historique et que la crise — les crises — peuvent littéralement faire ou défaire notre avenir, nous préférons nous étriper avec insistance sur des questions qui témoignent surtout d’une cécité suicidaire face aux catastrophes convergentes de la désindustrialisation, de la déculturation ou de la faillite des institutions.

1453 : les Turcs sont aux portes de Constantinople, mais la ville est tout occupée à ses querelles théologiques. Les Anges ont-ils un sexe ? Si oui, lequel (aujourd’hui, on se demanderait surtout s’ils peuvent en changer) ? Marie était-elle vraiment vierge ? L’icône est-elle une idole ? Autant de sujets qui passionnent les historiens mais qui traduisent surtout l’aveuglement d’une civilisation tellement pressée de disparaitre qu’elle en oublie de défendre ses murailles. C’est « la tentation de Byzance ».

Tout cela n’est pas seulement futile, ni même inconscient : de la part de la classe politique et du gouvernement actuel, c’est tout bonnement criminel. Lorsque Constantinople tombe finalement aux mains de l’armée de Mehmed, la ville est pillée, ses habitants massacrés ou réduits en . En se livrant à ces facéties sociétales, l’actuel gouvernement se montre le digne successeur des derniers empereurs romains : le complice indolent d’un joyeux suicide. Mais en accompagnant et en amplifiant ces pitoyables débats, la presse et une grande partie de nos élites donne la preuve d’un profond malaise civilisationnel pour lequel — si l’on en croit l’histoire — il n’existe malheureusement pas d’antidote.

Il est certainement plus facile de légiférer sur le mariage gay que de régler le problème de la dette, comme il est plus simple de garantir à notre jeunesse l’accès au THC plutôt qu’à des CDI. Mais ce n’est pas seulement par facilité que l’État byzantin se réfugia à sa onzième heure dans des arguties de principe. C’est surtout qu’il avait déjà, longtemps avant sa chute, cessé de gouverner.

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