Coluche : le dernier provocateur ?

Il y a tout juste 40 ans, le 19 mai 1974, les Français découvraient sur leur petit écran (en majorité noir et blanc) un clown d’un nouveau genre, à l’humour qui allait devenir aussi ravageur qu’il était provocateur : . Cette date coïncide aussi avec les premiers pas de Valéry Giscard d’Estaing comme président de la République, mais les deux événements n’ont aucun lien de cause à effet, même si l’on peut y voir l’éclosion de certains espaces de liberté.

Issu de l’, pupille de la Nation, en total échec scolaire, Michel Colucci est parvenu à se faire un nom et une place dans la société. Sans doute parce qu’il a su puiser sa force et son humour dans l’observation de l’autre, l’analyse des travers humains, de la bêtise parfois sans nom des personnes qui l’avaient moqué, bafoué et humilié dans son enfance.

Longtemps addictif aux drogues et à l’alcool, Coluche n’était pas un modèle de vertu. Loin de là ! Sans doute y a-t-il trouvé son inspiration comme Baudelaire, Verlaine, Rimbaud ou encore Nerval en leur temps. Cependant, Coluche avait ce don – assez rare – de faire rire les gens à leurs propres dépens et de leurs propres idioties ; celui de poser les vraies questions sous son vernis humoristique.

Quel bouffon (le métier dont il se revendiquait) aurait aujourd’hui le cran de dire tout haut ce que les gens pensent tout bas, de proférer des blagues à connotation raciste (pour mieux dénoncer cette sottise), de s’en prendre aux ressorts de la société que sont l’individualisme, le quant-à-soi, l’indifférence, le je-m’en-foutisme, la xénophobie rampante, l’ironie quotidienne, etc. ? Certainement pas un Dieudonné en mal de tribune et de planches (mais pas de tribunal) qui pense ce qu’il dit, contrairement à Coluche. Olivier de Benoist, autoproclamé « fournisseur d’excès », Stéphane Guillon, Gaspard Proust ? Encore un peu tendres, pas assez « déjantés », pas assez caustiques.

Quarante ans après l’irruption télévisuelle de Coluche, une censure invisible pèse sur l’humour français, devenu politiquement correct, lisse, fade, et donc transparent.

Où est passée cette impertinence dérangeante qui nous faisait bondir de joie ou de dégoût (selon le bord que l’on défendait) mais qui nous faisait quand même réfléchir ? Que sont devenus cette provocation quasi naturelle et ce droit de rire de tout et de n’importe quoi ? Coluche n’a pas eu de successeurs. Ses coreligionnaires (Thierry Le Luron, Pierre Desproges…) non plus. Et c’est bien dommage pour notre société qui continue à jouer les moutons de Panurge. L’une des caractéristiques de Coluche était, justement, de ne pas bêler avec le troupeau. Lui-même ne disait-il pas « C’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison » ? Laissons-lui redire la morale de cette histoire : « La franchise ne consiste pas à dire ce qu’on pense, mais à penser ce qu’on dit. » Bon anniversaire, Coluche !

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